METACLASSIQUE

METACLASSIQUE

la musique classique et au-delà

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« On ne doit pas oublier que la musique comporte plusieurs niveaux d’écoute. Elle peut être sensuelle et n’être que cela. Son effet sur le corps est alors capable d’être très puissant, sinon même hypnotique. Elle sait aussi exprimer toutes les facettes de la sensibilité. Mais elle est probablement seule à susciter parfois un sentiment très particulier d’attente et d’anticipation du mystère, d’étonnement, que suggère la création absolue, sans référence à quoi que ce soit, tel un phénomène cosmique. » Même si on ne dirait pas, ces phrases viennent d’un compositeur polytechnicien. Iannis Xenakis était donc compositeur, mais aussi architecte et en recherche constante d’une liaison avec la nature. Et comme sa musique est alors en prise avec de très savants calculs, il reste à éclaircir comment mathématiques et nature arrivent à concourir dans ses formes sonores : est-ce que l’appel de la nature l’amène à tordre ou bien redresser son rapport aux nombres ? A l’occasion du centenaire de sa naissance il y a six mois ou dans six mois, nous réunissons dans l’espace musique de la Bibliothèque publique d’information : la fille du compositeur : Mâkhi Xenakis et un spécialiste qui compte aussi parmi ses ardents défenseurs de longue date, le musicologue Makis Solomos. Au cours de l’émission, nous mobiliserons aussi l’expertise de Nicolas Viel, auteur de l’essai La musique et l’axiome aux éditions Delatour, il reviendra sur le statut particulier que Iannis Xenakis avait au sein du groupe de musique algorithmique, à la fin des années 1950. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Nov 24

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D’un côté, de bons concepts ne peuvent pas suffire à faire de la bonne musique. D’un autre côté, la hiérarchie entre les grands compositeurs historiques respectent assez scrupuleusement la consistance du contenu intellectuel de telle démarche. À force de creuser ces ambiguïtés, le compositeur Morton Feldman pense que l’intellectualité n’est pas pour rien dans l’élaboration de la musique, tout en ouvrant l’idée d’intellectualité à la poésie. Mais, au risque d’en gâcher la portée pratique, il se garde de définir trop précisément la poésie. De même avec la « sublimation », un maître mot récurrent dans les master classe de Morton Feldman : au fil des occurrences, l’idée de « sublimer » gagne une grande importance, sans tout à fait recevoir une définition stricte. C’est donc par ces recherches de poésie, de sublimation que la musique est portée Au-delà du style. Au-delà du style est le titre de la traduction française des entretiens et masterclass de Morton Feldman publié par les éditions de la Philharmonie de Paris. Et c’est grâce à leur soutien que Metaclassique vous offre une adaptation radiophonique de ces entretiens et masterclass avec, dans le rôle de Morton Feldman, le comédien Fabrice Fara, la voix française de Sheldon Cooper, le héros de la série Big Bang Theory. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Nov 17

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Est-ce que l’histoire de la musique serait différente si les dinosaures avaient survécu plus longtemps ? Est-ce que les sons graves sont aux contrebasses ce que les feuillages en hauteur sont aux longs cous des girafes ? Pour la préservation de quelle espèce de musiciens la Sonate peut-elle être un avantage ? Il est bizarre, dommage et peut-être même sérieusement naze que les théories de l’évolution n’aient donné à la musicologie l’envie d’élargir ses questions. Au début du 20ème siècle, le musicologue Jules Combarieu a avancé un certain nombre de questions musicales dans les perspectives évolutionnistes. En vrai, Jules Combarieu a été professeur de lettres au lycée de Cahors, puis au lycée Louis-le-Grand avant de devenir inspecteur de l’académie de Paris, après avoir fondé la Revue d’histoire et de critique musicales qui est vite devenue la Revue musicale. Pour ce numéro de Metaclassique, Jules Combarieu est surtout l’auteur, en 1906, de La musique : ses lois, son évolution, un ouvrage proposé à huit étudiants de l’ENS de Lyon comme le point de départ d’une variation radiophonique sur l’évolutionnisme en musique. Enregistrée en public au Théâtre Kantor à Lyon, cette fantaisie radiophonique commence comme un documentaire animalier pour continue de manières diverses, variées et, quelquefois, recroisées. Avec, par ordre d’apparition : Julen Hiriart, Justine Calle, Joséphine Tredez, Alexandre Le Pors , Caroline Hildebrandt, Thomas Bingham, Ambre Digonnet et Manon Rech. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Nov 10

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Au cours de la dernière édition du festival ManiFeste organisé par l’IRCAM, le pianiste compositeur improvisateur Alexandros Markeas a donné un concert intitulé Music of Choices, en référence à la Music of Changes dans laquelle, en 1951, John Cage recourait au Yi King pour déterminer les sons qui devaient être exécutés. À la place des jeux de tirage au sort imaginés par John Cage pour Music of Changes, Alexandros Markeas a pensé pour Music of Choices faire voter le public au cours du concert : depuis une application pour smartphone, chacun pouvait donner son avis : « sur des questions comme « Voulez-vous une musique optimiste ? oui ou non ? », « Que buvez-vous le matin : du thé, du café ou du chocolat ? » « Etes-vous antispéciste ? » À l’arrivée, les modalités participatives du concert étaient si élaborées qu’elles offraient une occasion rêvée pour Metaclassique d’interroger un public sur l’intérêt de voter en écoutant de la musique. Vous allez donc pouvoir entendre : le pianiste compositeur improvisateur Alexandros Markeas, ainsi que six personnes qui étaient dans le public. Dans l’ordre d’apparition dans l’heure qui vient : Maël Bailly – Adriana Soulele – Pierre Senges – Omer Corlaix – Filip Bernacik – Marie-France Hilly. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Oct 27

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Il est quelquefois reproché aux artistes de vivre dans leurs bulles. Là où tout est pourtant très bien organisé pour que, casques immersifs et autres isolations phoniques pour preuve, celles et ceux qui écoutent se trouvent aussi dans des bulles, que Peter Sloterdijk appellent des « phonotopes ». Dans la trilogie des Sphères, le philosophe réfléchit à ces audiosphères comme autant d’isolats qui organisent des démarcations entre dedans et dehors, c’est-à-dire des systèmes immunitaires. Plus précisément qu’un refuge, l’individu en-capitonné de sons vient donc trouver dans la musique une sorte d’immunité. D’autant qu’en plus de cerner les contours des individus, la musique les appelle à écouter les intermittences de leurs fondements. Dans le livre Tu dois changer ta vie, Peter Sloterdijk replace la virtuosité dans une histoire de l’ascèse qui laisse entendre les gammes comme autant d’exercices spirituels, l’effort pour s’améliorer venant alors surplomber toutes les expressions artistiques. Le philosophe Peter Sloterdijk a reçu les micros de Metaclassique à son domicile à Berlin. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Oct 23

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Au moment de s’installer dans la salle avant le début d’un récital de piano, on peut toujours se poser la question : faut-il se mettre côté jardin pour pouvoir profiter du spectacle des mains ? Il peut même y avoir débat entre ceux qui consomment la musique avec les yeux et ceux qui savourent le concert les yeux fermés comme s’ils ne voulaient jouir de rien d’autre que de la musique. Ce qui veut dire qu’il ne faudrait justement pas oublier ceux qui restent agnostiques ou qui préfèrent ne pas trancher la question parce qu’ils se sont bien aperçus que, selon les moments, ils pouvaient se laisser happer du regard alors qu’ils peuvent aussi privilégier de fermer les yeux quand l’interprète en fait trop ou quand la musique semble leur demander une introspection qui peut se croire plus profonde quand elle se fait purement auditive. Pour ce numéro « Regarder » de Metaclassique, nous accueillons Matthieu Guillot qui a publié aux Presses universitaires de Provence, un essai intitulé : Conflits de l’oreille et de l’œil dans l’œuvre musicale. L’écoute intériorisée. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Oct 20

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Il y a quelques semaines, Metaclassique inaugurait un dialogue avec le Centre Européen de Musique, dans un exercice de vénération de sa tutélaire : la chanteuse, compositrice, pianiste, pédagogue, ambassadrice, pour ne pas dire muse : Pauline Viardot. Nous allons aujourd’hui poursuivre ce dialogue en cherchant à « ancrer » le lieu que sera le Centre Européen de Musique qui doit s’installer d’ici quelques années à Bougival dans les Yvelines. Le verbe « ancrer » ne va donc pas seulement servir de fil rouge, il va pouvoir agir comme un agent de liaison entre les plus grands espoirs portés par le CEM de faire de la musique l’ancrage d’une « nouvelle renaissance européenne » ’ et : la manière dont ce projet va prendre forme concrètement. D’où un panel d’invités tout à fait équitable entre les porteurs de fondements, d’idées, d’ancrages conceptuels et : les bâtisseurs. Enregistré dans le Salon Mado Robin de l’Opéra-Comique, cette émission accueillera – par ordre d’apparition – la secrétaire générale de l’organisation non-gouvernementale « Europa Nostra » : Sneška Quaedvlieg-Mihailović, le philosophe et membre du conseil scientifique du Centre Européen de Musique Jean-Michel Besnier, et puis : côté bâtisseurs garants de l’ancrage matériel du projet : deux opérateurs décisifs dans la réalisation du Centre Européen de Musique à Bougival : Philippe Gimet, qui dirige Operel, qui s’est spécialisé dans l’accompagnement de projets notamment dans le domaine du tourisme culturel (avec qui nous échangerons sur les croisements et possibles revers de croisements entre les mots de la culture et les mots du tourisme). Et puis : l’architecte Chetil Thorsen qui est actuellement à Oslo et dont les propos seront traduits par le directeur de Snohetta en France, Christophe Dalstein. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Oct 13

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Faudrait-il écouter Bach au téléphone ? Quel rapport y a-t-il entre un piano Steinway et une voiture ? Comment la vitesse de la musique peut-elle engouffrer le musicien, faire habitacle, jusqu’à l’aspirer ? Et est-ce que le bruit de l’aspirateur peut alors aider à se concentrer pour mieux écouter Mozart ? Ce numéro de Metaclassique encapsule un certain nombre de questions essentielles en suivant une route à la fois sinueuse, aux virages fluides et aux dénivelés à peine perceptibles, grâce à la complicité entre les deux invités de l’émission : Elie During et Alain Bublex qui ont fait deux livres ensemble : Le futur n’existe pas : rétrotypes aux éditions B42 et Glenn Gould dans la nouvelle collection « Supersoniques » des éditions de la Philharmonie de Paris. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Oct 6

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Theodor Billroth était un chirurgien allemand très actif à la fin du 19è siècle et tenu pour le père fondateur de la chirurgie digestive. Passionné de musique, il était aussi violoniste virtuose et ami intime de Johannes Brahms. C’est à Theodor Billroth qu’un jour de l’été 1880, Brahms a écrit : « Mes nouvelles Danses Hongroises arriveront bientôt, je pense qu’elles nous amuseront. » De cette parole de maître arrachée à sa correspondance avec un ami proche, on pourrait conclure une bonne fois pour toute que les Danses hongroises si fameuses de Brahms sont donc faites rien que pour s’amuser. Mais, à l’usage, elles vont beaucoup plus loin. Il y a quelques semaines, j’ai pu voir un groupe de jeunes promeneurs qui accompagnaient sa ballade urbaine, au bord de l’eau, avec haut-parleur embarqué dans un sac à dos pour diffuser la 5ème de Danses hongroises de Brahms qui donnait un entrain à l’après-midi des amis de promenade qu’une bonne humeur et une franche camaraderie n’auraient peut-être pas suffi à provoquer. Alors, pour faire la preuve par l’expérience que cette musique de Brahms donne matière à Exulter, il fallait des complices. C’est donc avec la complicité de la compagnie théâtrale Turbulences que Metaclassique vous donne à entendre, pendant une heure, une seule œuvre à Exulter. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Sep 29

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Pour évoquer la mer, on peut faire une musique pleine de vagues et d’ondulations. Pour imiter l’envol, on trace une ligne sonore qui part vers le haut. Mais il paraît difficile de soutenir que, même si ces procédés d’imitation semblent naturels, ils seraient mobilisés par les compositeurs modernes de la même manière que par les compositeurs de la Renaissance ou de l’âge classique. Le philosophe Christian Accaoui observe : plus on avance vers le 20ème siècle, plus les compositeurs condamnent l’imitation dans leurs discours pour, en réalité, continuer à imiter dans leurs musiques. Christian Accaoui a publié aux éditions de Conservatoire de Paris, La musique parle, la musique peint, un essai dont le titre est inspiré d’une phrase du chef d’orchestre Nikolaus Harnoncourt pour qui, jusqu’en 1800, la musique parle, mais à partir de 1800, la musique peint. Mais alors que Christian Accaoui expliquera, au cours de cette émission, la césure que connaît la musique dans le passage du 18 au 19ème siècle, il détaillera aussi pourquoi il pense qu’en peignant, la musique continue à parler, en vertu du fait que, quand elle parle, la musique peint déjà. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Sep 22

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Depuis sa Convention de sauvegarde de 2003, le répertoire du Patrimoine Culturel Immatériel tenu par l’UNESCO donne une grande part à la musique. Au-delà des Nations-Unies, le « patrimoine immatériel » semble être devenu le modèle dominant pour valoriser des pratiques musicales locales à une échelle internationale, tout en les patrimonialisant. Et puisqu’il paraît forcément bénéfique de défendre le patrimoine et de reconnaître que des gens qui jouent de la musique dans une communauté s’inscrivent donc dans le patrimoine et de la communauté et de son territoire, il reste à se demander si c’est en effet que bénéfique ? Est-ce qu’en plus des effets vertueux, l’inscription d’un répertoire au patrimoine culturel immatériel n’a pas, aussi, quelques effets pervers ? Nous recevons l’ethnopoéticienne Penelope Patrix qui travaille et réfléchit sur la constitution du répertoire du fado et l’ethnomusicologue Lucille Lisack qui a enquêté sur la musique contemporaine en Ouzbékistan, avec tout ce que l’idée d’une musique contemporaine peut déplacer dans la frontière mouvante entre musique académique et musique étiquetée « traditionnelle » surtout par ceux qui en pratiquent une autre. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Sep 15

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Pour faire apprécier la musique classique aux enfants, on leur raconte des histoires d’enfants avec de la musique classique dedans. Bien sûr, on adapte les histoires. On adapte aussi la musique. Mais en quoi les besoins de la pédagogie peuvent alors faire basculer ces adaptations dans l’infantilisation ? Pour poser sérieusement la question, Metaclassique a organisé un colloque pour faire un point surtout pas seulement sérieux sur l’image de la musique classique dans la littérature jeunesse. Des doutes sur les critères musicaux à l’œuvre dans Martine découvre la musique aux malices supposées du solfège dans les Malheurs de Sophie en passant par de la platine par la Petite Taupe, ce colloque accueille quatre contributeurs : Lambert Dousson, Charlotte Hubert, Guilhem Marion et, pour commencer : le philosophe Alahin Badihou. Durant cette heure de colloque radiophonique, vous entendrez également, en qualité de répondant fil rouge : Omer Corlaix et, à la modération : Capucine Porphire. Une émission produite et réalisée par David Christoffel, enregistrée à la Maison des Associations du 8ème arrondissement de Paris.

Sep 8

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Est-ce qu’une Sonate de Mozart peut objectivement raconter une histoire ? Au-delà des films que chacun peut se faire à l’écoute d’une œuvre instrumentale, comment les compositeurs peuvent user du langage musical pour y déposer quelques suggestions narratives ? Si les poèmes symphoniques du 19ème siècle donnent des exemples apparemment incontestables de récits racontés en musique, il reste des spécialistes pour considérer que, même quand l’histoire est revendiquée par le compositeur, c’est le texte d’accompagnement qui charge la musique d’un programme plus que la musique elle-même, comme si un auditeur qui écouterait Jeux ne pouvait, sans le titre, deviner les images de parties de tennis que Claude Debussy avait en tête quand il composait sa partition. En réponse aux musicologues formalistes qui soutiennent que la musique ne peut pas directement produire de la narration, Marta Grabocz a réuni vingt-trois contributions des spécialistes les plus reconnus au monde dans l’examen des signes musicaux. L’occasion pour Metaclassique d’offrir un tour d’horizon à la fois élargi et varié de travaux aux démarches très éclectiques, qui empruntent aussi bien à la sémiotique qu’aux gender studies en passant par les sciences cognitives pour détecter des éléments expressifs dans toute sorte de musiques sans parole. Pour en parler, nous recevons deux musicologues : Marta Grabocz à l’origine du volume Narratologie musicale paru aux éditions Hermann, mais aussi Danièle Pistone qui fait partie de ses vingt-trois contributeurs. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Sep 1

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Alors que le métronome est inventé par Johann Nepomuk Maelzel en 1816, l’idée d’un mécanisme capable de battre la mesure de manière régulière apparaît déjà au 18è siècle : à l’entrée « Chronomètre » de son Dictionnaire de musique, Jean-Jacques Rousseau évoque les montres des horlogers, le Pendule inventé par Sauveur ou encore le projet de Métromètre dont, selon Rousseau, il a été question dès les années 1730. À la nécessité d’archiver le tempo, le Métronome va aussi aider à la circulation des vitesses d’exécution et permettre aux compositeurs d’asseoir leur autorité sur le débit exact qu’il faut donner aux partitions, avant de se trouver d’autres utilités dans le domaine de la pédagogie musicale ou encore de la médecine. Et alors qu’il est l’indice d’une mécanisation des pratiques musicales, le signe emblématique d’une industrialisation de la vie artistique, il est aussi le contre-emblème du romantisme qui lui préfère le rubato, l’expression des sentiments affranchie de toute mesure et de toute métrique. Pour décrire les mentalités musicales qui concourent à l’apparition de métronome, nous recevrons Emmanuel Reibel qui enseigne l’esthétique musicale au CNSMD de Paris et l’ENS Lyon, juste après avoir écouté quelques notes interprétées par le trompettiste automate confectionné par Johann Nepomuk Maelzel. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Aug 25

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Quand on dit « incorporer les blancs en neige au reste de la préparation », l’opération d’incorporer consiste donc à faire entrer une partie dans un tout d’une autre substance. Le verbe « incorporer » est pratiquement synonyme de « mélanger ». Là où certains dictionnaires en font le synonyme d’ « incarner », pour dire qu’« incorporer » revient à donner un corps à une entité qui n’en a pas encore. Entre unir plusieurs matières pour en faire un même corps et introduire quelque chose de plus ou moins immatériel dans une enveloppe corporelle, nous allons varier le verbe « incorporer » avec deux invitées : Christine Leroy qui a beaucoup réfléchi aux phénomènes d’empathie kynesthésique dans son ouvrage Phénoménologie de la danse paru aux éditions Hermann et Charlotte Vaillot Knudsen qui développe une approche charnelle d’instruments minéraux tels que les lithophones, dans un article De l’orgue au septième ciel. Pour une spéléologie du souffle-désir dans le neuvième numéro de la revue Transposition. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Aug 18

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En 2019, dans un entretien avec Laure Gauthier, le poète Philippe Aigrain entendait prolonger son intimité avec la poésie de Gherasim Luca en parlant de « morphose », une façon d’envisager l’écriture qui permet, par exemple de révéler et détruire progressivement « un énoncé de novlangue » et mettre au jour « le processus douloureux de retrouvailles du sens ». Si bien que le processus d’écriture fait vite entendre une politique qui prend la langue dans un état pour travailler dedans et faire, à titre de « phoème », des déplacements d’un état à un autre. Quelques mois plutôt, en 2018, Philippe Aigrain s’était prêté à l’invitation de la webradio du Printemps des arts de Monte-Carlo, à des « Variations Mozart » prenant le nom du compositeur dans l’état où on le trouve dans la rue pour le frotter à ses expériences de déplacement dans le corpus légué par Mozart. Suite à la disparition brutale de Philippe Aigrain le 11 juillet 2021, Metaclassique a voulu lui rendre hommage en proposant une nouvelle diffusion de ces « Variations Mozart ». Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Aug 11

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Dans À la recherche du temps perdu, Swann est bouleversé par la Sonate de Vinteuil. Si Marcel Proust a choisi un compositeur fictif, c’est pour ne pas se heurter aux goûts musicaux réels des lecteurs, dit-on ; ou pour ne subir aucun frein dans l’idéalisation de sa musique, peut-on aussi imaginer. Le romancier et mélomane Étienne Barilier se heurte à un impossible : alors que Proust met en scène un Vinteuil délicieusement naïf, qui ne ferait pas de mal à une mouche, il soutient que ce même Vinteuil a connu les gouffres de la condition humaine sans lesquels il n’aurait pu produire une musique aussi géniale. Pour résoudre cette impossibilité, Étienne Barilier a reconstitué la biographie de Louis Lefebvre, l’homme réel qui a dû inspirer Proust, qui ne se contente pas de souffrir comme Vinteuil, mais fait souffrir à son tour. Mais voilà qu’au moment où le livre À la recherche de Vinteuil est paru aux éditions Phebus, le hasard des calendriers éditoriaux veut qu’un autre livre d’Étienne Barilier est sorti aux éditions Premières loges, Pour la main gauche qui retrace l’histoire des partitions pour pianistes amputés et révèle comme l’auteur entend décidément la musique depuis la souffrance. C’est à son domicile, près de Lausanne en Suisse, qu’il a reçu les micros de Metaclassique pour évoquer comme se dessine, au fil de ses livres, une curiosité tenace pour la souffrance créatrice. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Aug 4

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On pourrait dire des derniers quatuors de Beethoven qu’ils sont indépassables, parce qu’ils atteignent une vérité où il n’est plus tant question de style. Comme si le compositeur se déprenait de lui-même pour laisser la musique exister d’elle-même. Mais rien ne se passe méthodiquement parce qu’on touche alors à ceci d’étrange que la déprise de soi et ce qui s’entend comme une désécriture semblent s’entraîner l’une et l’autre. Maria Machado et Charlotte Escamez ont conçu une adaptation théâtrale des carnets d’un auteur qui a écouté les derniers quatuors de Beethoven jusqu’au dernier jour de sa vie, Roland Dubillard. Pour les mettre sur scène, les morceaux choisis de ces carnets se dédoublent en deux voix : un homme et le jeune homme qu’il a été, interprétés respectivement par Denis Lavant et Samuel Mercer. Je ne suis pas de moi est donc une pièce de théâtre où le tressage des textes de Roland Dubillard entre en résonance avec une composition sonore de Guillaume Tiger à partir des derniers quatuors de Beethoven. Et comme cette création théâtrale est l’occasion de se frayer un chemin singulier dans ces partitions indépassables, ce numéro de Metaclassique est une plongée documentaire avec, par ordre d’apparition : Samuel Mercer, Guillaume Tiger, Denis Lavant, Maria Machado et Charlotte Escamez – dans cette partie de l’œuvre de Dubillard qui donne une pensée à fleur de peau des œuvres tardives de Beethoven. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Jul 28

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Quand on parle de la « cadence de travail » de quelqu’un, on fait référence à un rythme plus ou moins soutenu, à la densité dans le temps de sa production. En poésie ou en musique, le mot « cadence » désigne le rythme de l’accentuation ou son effet. Mais le mot « cadence » peut aussi désigner une partie improvisée par le soliste dans un concerto qui, comme un morceau dans le morceau, peut alors plus ou moins s’éloigner du style du compositeur. Et si elle a la réputation d’une improvisation, la cadence d’un soliste célèbre peut être écrite pour être reprise par d’autres. Par exemple, les concertos pour violon de Beethoven ou Brahms sont encore souvent joués avec les cadences du virtuose du xixè siècle, Joseph Joachim. Ce numéro de Metaclassique fonctionne en triptyque. Vous pourriez y entendre le compositeur Marc Monnet commenter les cadences que le pianiste François-Frédéric Guy lui a commandé pour le 21è Concerto pour piano de Mozart. Nous entendrons le violoniste Gilles Apap revenir sur le jour, dans le Concerto en sol de Mozart, où il s’est attiré la foudre du public du palais des festivals à Cannes, il s’est mis à faire une cadence sous la forme d’un thème et de variations ouvertement folkloriques. Pour commencer, nous allons à la rencontre de Sonia Wieder-Atherton dont le disque Cadenza a placé des adaptations de divers compositeurs plus ou moins récents en position de cadence, au cours de Concertos de Boccherini. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Jul 21

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Lise de la Salle Partant du principe qu’on n’a jamais fini d’apprendre, il peut y avoir des conséquences très variées. Cela peut impliquer qu’on n’a jamais fini de trouver des gens pour nous enseigner des choses, qu’il faut varier sans cesse le genre de leçons qu’on peut prendre de la vie. Et comme la musique est un terrain fertile pour ne pas jamais en finir d’apprendre, de très bons pianistes qui sont arrivés à pousser très loin leur interprétation d’une œuvre peuvent encore et toujours la préciser, la parfaire, avec les conseils d’autres pianistes. Depuis 2008, le festival Amateurs virtuoses propose, à des amateurs virtuoses de participer à des master classes avec des pianistes professionnels. Au cours de ce numéro, vous allez entendre deux pianistes – François Schwarzentruber et Julien Lombardo – qui sont tous les deux amateurs et virtuoses, qui ont tous les deux travaillé une œuvre et qui ont chacun, en public, dans le foyer du Théâtre du Châtelet, suivi une master class avec la pianiste Lise de la Salle qui a bien voulu que les micros de Metaclassique capte cette session et en diffuse de larges extraits. Julie Traouën assurera au piano la partie orchestre du 2ème Concerto de Rachmaninov dont Julien Lombardo présentera le 1er mouvement, après une première partie de master classe où François Schwarzentruber jouait Bénédiction de Dieu dans la solitude de Franz Liszt. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Jul 14

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Musique des sphères, consonance des harmonies naturelles, bienfaits moraux de la musique, on hérite de Pythagore toutes sortes de très grandes idées sur la musique très cohérentes entre elles, et puis très idéalistes. Existe-t-il des visions alternatives de la musique ? Oui. Epicure est un exemple emblématique d’une philosophie de l’antiquité qui donne une représentation matérialiste du monde, une vision beaucoup moins idéaliste de la musique que toutes les conceptions héritées de Pythagore. Si on sait qu’Epicure a écrit un traité sur la musique, même si on ne dispose plus de ce texte-là, on peut tout de même s’en remettre aux écrits sur la musique des disciples d’Épicure. La musique y est associée un plaisir. Mais alors que le plaisir est un critère du bien dans les conceptions épicuriennes, le plaisir pris à la musique, lui, est encore un plaisir un peu trop accidentel pour avoir la moindre portée morale. Alors, pour mieux comprendre ce que pourrait donc être une pensée épicurienne de la musique, nous recevons le spécialiste de philosophie médiévale Aurélien Robert. Directeur de recherche au CNRS, il s’intéresse à l’évolution de la pensée épicurienne au Moyen-Âge en signant, aux éditions Fayard, l’essai Epicure aux Enfers. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Jul 7

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Un détective n’aura jamais assez d’indices. Il peut toujours vérifier si la fleur existe vraiment dans la région de celui qui lui en parle, le détective ne trouvera rien sans fulgurance. Et pour pouvoir découvrir la chose qu’il ne cherchait pas, lui faut-il cultiver la curiosité pour ce qui peut arriver au hasard et, pour ce faire, se préparer à associer les idées par des procédés très illogiques pour le temps où leur rationalité ne sera pas encore évidente. Pendant que le compositeur Gavin Bryars est étiqueté comme un minimaliste, il est surtout occupé par Sherlock Holmes ou la ‘Pataphysique et s’intéresse aussi bien à Camille Saint-Saëns que Marcel Duchamp. Pour enquêter sur cette manière de lier les idées qui feront partitions musicales, nous recevons Jean-Louis Tallon qui vient de faire paraître aux éditions Le mot et le reste, un recueil d’entretiens avec Gavin Bryars, mais aussi Jacqueline Caux qui défend le compositeur depuis plus de 40 ans et… nous serons connectés avec Gavin Bryars, dont voici un extrait du Concerto pour piano, The Solway Canal. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Jun 30

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© Hulton-Deutsch Collection/CORBIS/Corbis via Getty Images Et si une chanteuse qui chante très très faux mais qui est très très riche se présentait au concours d’entrée d’un grand conservatoire, que se passerait-il ? Avec les étudiants de la classe de culture musicale du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon, nous avons imaginé ce qui pourrait se passer si Florence Foster Jenkins se présentait pour intégrer la classe d’art vocal dudit conservatoire. Florence Foster Jenkins est, comme dit Wikipedia, « une chanteuse soprano américaine notamment connue et ridiculisée pour son manque total de rythme, de justesse et de timbre, sa prononciation aberrante et plus généralement son incapacité à chanter correctement. Son histoire a inspiré le film Marguerite de Xavier Giannoli en 2015 avec Catherine Frot dans le rôle-titre et a été adaptée au cinéma en 2016 sous le titre Florence Foster Jenkins par Stephen Frears avec Meryl Streep. » L’idée qu’une figure aussi éloignée des canons de beauté musicale puisse intégrer un conservatoire d’excellence est tellement énorme qu’elle fait éclater l’ordre du probable. Pris dans la folie de la situation, la fiction que vous allez entendre traverse l’expérience de pensée avec assez de rigueur pour peser le pour et le contre de la pertinence d’intégrer une chanteuse pareille dans une institution au-dessus de tout soupçon de complaisance avec la médiocrité. Mais au lieu de faire basculer dans le non-sens intégral, l’exagération porte la fiction peut-être un peu plus près de la réalité. Car, de cette hypothèse tellement fantaisiste, est née une vraie question : quelles sont les conséquences de la théorie du ruissellement si on l’applique à la politique culturelle ? C’est là que cette fiction où, selon la formule consacrée, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est évidemment fortuite, il reste que certaines ressemblances avec les politiques culturelles en vigueur sont tout de même très troublantes. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Jun 23

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Le 16 janvier 1935, à l’université des Annales, Paul Valéry prononce une conférence, intitulée Le bilan de l’intelligence. Pour le poète l’heure est grave puisque, dit-il : « il s’agit de savoir si ce monde prodigieusement transformé, mais terriblement bouleversé par tant de puissance appliquée avec tant d’imprudence, peut enfin recevoir un statut rationnel, peut revenir rapidement, ou plutôt peut arriver rapidement à un état d’équilibre supportable ? » (p. 21) Parmi les inquiétudes de Paul Valéry, les efforts culturels butent eux aussi sur la perte de sens que leur accumulation risque de produire. Il écrit : « Nous avons, en vue de la culture artistique, développé nos musées ; nous avons introduit une manière d’éducation esthétique dans nos écoles. Mais ce ne sont là que des mesures spécieuses, qui ne peuvent aboutir qu’à répandre une érudition abstraite, sans effets positifs. » Les mots de Valéry alertent encore, puisque : la question est si grave, qu’elle reçoit encore aujourd’hui des réponses très majoritairement irresponsables. Il y a une vision traditionnelle de la médiation culturelle comme moyen qui renforce la vision des œuvres comme une fin, ce qui mettrait dans une logique machiavélique : qui dit que la fin justifiant les moyens, dit que tous les moyens sont donc bons, comme si, au nom d’un enjeu essentiel, les chemins pour le servir n’avaient pas d’importance. Est-ce qu’au contraire, la médiation musicale ne doit questionner ses moyens autant que ses finalités ? Voilà des questionnements que Metaclassique partage avec la plateforme musicale indépendante apparue au printemps 2021, Hémisphère son, dont nous recevons un représentant : David Sanson. Pour approfondir la discussion, nous accueillons aussi Sylvie Pébrier : musicologue et inspectrice musique de la DGCA, la Direction générale de la création artistique du Ministère de la Culture. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Jun 16

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En 1994, dans un biopic qui raconte la vie de Beethoven, Immortal Beloved du réalisateur Bernard Rose, il y a une scène anthologique où on voit Beethoven éprouvé par la surdité qui progresse, jouer ce premier mouvement de sa 14ème Sonate en collant l’oreille sur le piano. En fait, Beethoven compose cette 14ème Sonate en 1801. Il a 30 ans, sa correspondance montre qu’il est au début de ses problèmes d’audition. Il n’en parle qu’à quelques amis de confiance, dans des lettres où il insiste pour que cela reste un secret. Ses tentatives pour entendre la musique par d’autres moyens que l’oreille – et notamment par conduction osseuse – ne vont se généraliser que quelques années plus tard. Si l’image de Beethoven qui colle son oreille à l’instrument est si anthologique dans le film de Bernard Rose, c’est peut-être qu’au-delà du tragique, elle offre aux spectateurs une expérience d’écoute : parce qu’on se trouve alors invité à écouter la sonate en imaginant l’oreille défaillante du compositeur et à envisager, au-delà de ce qui est musique à notre oreille, qu’est-ce qui fait musique à notre corps ? C’est pour nourrir cette question que nous avons réuni à la Bibliothèque publique d’information : la compositrice Pascale Criton et le chercheur et musicien Hugues Genevois qui ont développer des dispositifs sonotactiles pour mener des expériences d’écoute par le toucher et la chercheuse – à la fois en acoustique et en design – Claire Richards qui prépare une thèse pour mieux comprendre la sensibilité vibrotactile relative du corps, mais aussi les limites d’efficacité de la conduction osseuse du son. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Jun 9

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Fille de Manuel Garcia, sœur de la Malibran, élève de Franz Liszt, amie de Chopin, de George Sand, mais encore de Delacroix, Rossini, Wagner, Clara Schumann et Ivan Tourgueniev, pour ne citer qu’eux. Pauline Viardot a été abondamment vénérée. Sans doute est-elle encore éminemment vénérable. Mais alors que l’on célèbre, en 2021, le bicentenaire de sa naissance, elle reste relativement oubliée. C’est donc à un exercice de vénération que va se livrer Metaclassique en dialogue avec le Centre européen de musique. C’est bien ça, nous allons vénérer celle que Clara Schumann reconnaissant comme « La femme la plus géniale qu’il m’ait été donné de connaître. », en compagnie du chanteur et président du Centre européen de musique, Jorge Chaminé, de la chanteuse Felicity Lott, de l’historien Thomas Cousin qui prépare une thèse sur Pauline Viardot et de l’arrière-arrière petite-fille de Pauline Viardot, Sandra Mamboury qui vit à Genève et avec qui nous nous connecterons en fin d’émission. C’est avec l’idée qu’en plus d’une cantatrice adulée du 19ème siècle, Pauline Garcia Viardot pourrait être une figure repère pour monter ce que peut être l’idée d’Europe en musique que nous avons conçu cette première émission avec le Centre européen de musique – que l’on commence par un air abondamment chanté par le père de Pauline, Manuel Garcia, Yo que soy contrabandista. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Jun 2

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Pour prétendre répondre aux attentes des auditeurs, faut-il les connaître. Pour être complètement sûr de couvrir les attentes des auditeurs, autant les cerner, les prévoir et, pour encore plus d’efficacité, en décider à leur place. Ou alors : si nous écoutions la radio en préférant s’attendre à tout, faudrait-il méthodiquement commencer par ne s’attendre à rien ? Et si c’était même le meilleur moyen de s’attirer l’attention de tous ceux qui, pour être sûr d’y trouver beaucoup plus que ce qu’ils veulent, se gardent d’attendre de la radio quoique ce soit de trop précis, faut-il imaginer comment faire une radio qui ne présuppose rien de l’état des attentes des auditeurs potentiels. Alors que l’année 2021 voit la célébration du centenaire de la radio et du 40è anniversaire de la légalisation des radios libres en France, une question reste totale : faut-il que la radio sache à qui elle parle, c’est-à-dire cerne l’auditeur, au point d’elle-même en définir le profil ? Quelle forme prendrait la radio, de quelle manière pourrait-on programmer la musique et parler sur elle, si l’auditeur qu’elle induisait était mobile et n’était donc plus au lieu indiqué par la manière si majoritairement directionnelle, pour ne pas directive, dont la radio s’adresse à lui ? Pour faire l’expérience d’une radio qui suppose un auditeur libre, ouvert, à l’imaginaire en mouvement, les étudiants du cours d’audiodramaturgie de Marion Chénetier à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm à Paris se sont prêtés, pour Metaclassique, à une composition radiophonique originale. Un travail réflexif qui pourrait démarrer par un aboutissement possible : une causerie de 1949 de Gaston Bachelard, sur la rêverie suscitée par la radio. Avec les voix et les créations de Zoé Brioude, Heiata Julienne-Histat, Capucine Porphire, Mathias Boussemart, Ondine Simonot, Hélène Desy, Alexandra Brouillet Alice Hoggett, Fanny Holland, Cloé Calame, Lisa Martinez*, Morgan Morcel et Gaston Bachelard.*étudiante de l’EBABX Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

May 26

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« Toutes les familles heureuses le sont de la même manière, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon. », écrit Tolstoï dans Anna Karénine. En choisissant de s’appeler Trio Karénine, trois musiciens pourraient alors se résoudre à faire comme tout le monde pour se donner plus de chances de s’épanouir. Sans exactement chercher à ne pas faire comme les autres, peut-être par peur de s’en rendre malheureux, Metaclassique reçoit le Trio Karénine pour chercher, dans leurs manières de cheminer, où s’arrête le cache-cache, où commence le sillage commun. Au fil de l’écoute de leur dernier concert, la conversation avec et entre les membres du Trio Karénine arrive à ce point : est-ce qu’on traverse la musique ou est-ce qu’on est traversé par elle ? Même si on ne sait pas vraiment ou si on ne décide pas soi-même, peut-être qu’en écoutant bien, on entend que chacun des trois musiciens choisit, selon les moments, de traverser ou d’être traversé. Par ordre d’apparition dans l’émission : le violoncelliste Louis Rodde, la violoniste Charlotte Juillard et la pianiste Paloma Kouider. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

May 19

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À propos d’un anonyme bègue « qui se défendait de l’angoisse par les saccades de l’inarticulé », Michèle Cohen-Halimi explique dans le 5è numéro de la revue Senna Hoy, que « Le souvenir de ses premières séances de cinéma ne l’avait pas quitté. Il revoyait le pianiste qu’un espace insuffisant entre son piano et l’écran empêchait d’accorder la musique au défilé des images, et qui s’abandonnait à la désynchronisation de ses impulsions et du film. Les meurtres s’accomplissaient en valses, les scènes d’amour se doublaient de marches militaires »  Quand ils n’ont plus besoin de savoir si telle musique est encore descriptive tant elle est décidément contemplative, les auditeurs des musiques de Federico Mompou ou de Niccoló Castiglioni peuvent s’identifier à cet anonyme dont Michèle Cohen-Halimi déduit qu’ « Il surpassait la négativité du monde par le désespoir de son imagination. » Même s’ils n’ont pas les mêmes maîtres en musique, même s’ils n’ont jamais qu’une génération d’écart et qu’ils vivent et composent de part et d’autre de la Méditerranée, Mompou et Castiglioni ne sont jamais rapprochés par les programmes de concert, les émissions de radio. Jamais les colonnes des journaux ou les recommandations des algorithmes des plateformes de streaming ne les associent, alors que tous les deux cultivent la simplicité jusqu’à développer, au 20ème siècle, une musique savamment contemplative. ce numéro de Metaclassique propose de mettre en miroir ces deux contemplatifs, en recevant Laurent Feneyrou qui, avec Angelo Orcalli, a publié aux éditions Aedam Musicae, Un musicien en hiver, un volume qui rassemble des essais et entretiens du compositeur Niccoló Castiglioni ; Jérôme Bastianelli qui a fait paraître chez Actes-Sud la monographie Federico Mompou, et les pianistes Guillaume Coppola et Ester Pineda qui ont tous les deux enregistrés le compositeur catalan. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

May 12

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Quand elle renvoie, directement ou par le jeu de la psychanalyse, à la figure maternelle, la musique est couramment comparée à une enveloppe à la fois nourricière et protectrice. De Didier Anzieu à Michel Schneider en passant par Alain-Didier Weill et Michel Poizat, les auteurs qui ont cherché à penser psychanalytiquement les nouages entre tel interprète et ses expériences musicales, ont régulièrement recours à la métaphore de la musique comme enveloppe. Pour examiner en quoi la musique enveloppe et comment le musicien et l’auditeur peuvent retrousser ces englobements, nous recevons dans Metaclassique la psychanalyste Brigitte Lalvée qui, au fil de nombreuses études, a investi psychanalytiquement des figures de musiciens tels que Glenn Gould et Robert Schumann. Nous recevons aussi Maurice Corcos qui, en plus d’être aussi un praticien, est l’auteur de Penser la mélancolie. Une lecture de Georges Perec où les enveloppes musicales ne vont  jamais sans ambivalence. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

May 5

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Les captations d’opéra sont réputées donner une très faible satisfaction aux metteurs en scène qui peuvent avoir du mal à voir dans une version pour l’écran autre chose qu’une déformation des équilibres visuels qu’ils avaient imaginé pour la scène. Mais comme disait Marshall Mac Luhan : « Le ‘contenu’ d’un média, quel qu’il soit, est toujours un autre média. » On pourrait donc dire que la captation d’un opéra n’est jamais qu’un film. Mais on pourrait aussi dire, plus positivement, qu’un opéra filmé est toujours un film et qu’il peut donc justifier tous les soins qu’un cinéaste peut porter à la réalisation d’une œuvre pour l’écran. Pour ce numéro « cadrer » de Metaclassique, nous recevons le cinéaste devenu spécialiste du film d’opéra ou de film opéra, Philippe Béziat. Et pour donner un sens encore un peu plus plein au verbe cadrer, nous recevons aussi la sociologue Nathalie Heinich qui consacre aux CNRS éditions un livre à La cadre-analyse d’Erving Goffman, le sociologue américain qui avait fait du « cadre » un concept d’analyse de situations sociales cadrées, pour ne pas dire réglées, structurées et, quelquefois même, fabriquées.   Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Apr 28

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De la relation entre Œdipe et sa mère à l’amour de Phèdre pour Hippolyte, l’opéra a mis en scène des amours incestueuses qui tendent le tissu dramatique jusqu’à des paroxysmes insurmontables ou sidérants. Parce qu’il touche à un tabou fondateur de la civilisation, on pourrait s’en tenir à une lecture autorisé de l’inceste, au risque de laisser dans un état inexplicable le fait que les œuvres lyriques se trouvent alors dans une situation très trouble, génériquement instable. Là où le désir s’emmêle dans la généalogie, il y a ce que Bruno Ducol appelle un métissage : au lieu de se tisser en harmonie, les liens familiaux se métissent. D’où le mystère de voir, dans son occurrence la plus consacrée, le mot métissage posé sur le fruit d’alliances au-dessus de tout soupçon de consanguinité. De Mozart, il y a certes Mitridate dont l’épouse est convoité par les fils ; de Verdi, il y a Don Carlo qui coulait le parfait amour avec Elisabeth de Valois jusqu’à ce que leur amour devienne impossible quand son père Philippe II fait le projet de se marier avec… Elisabeth de Valois. Mais il y a alors un inceste si littéral qu’il pimente l’intrigue sans faire éclater le drame.  Au contraire, nous allons avec Bruno Ducol cherché, dans l’histoire de l’opéra, là où l’inceste tisse ou métisse le drame lyrique, à commencer par la figure d’Œdipe qui nous donnera l’occasion d’entendre un large extrait d’un entretien inédit réalisé il y a dix ans avec le philologue Jean Bollack. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Apr 21

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En janvier 2021, les Grammy Awards ont remplacé la catégorie best world music album par la catégorie best global music album. Tout comme si la substitution d‘un terme par un autre pouvait suffire à liquider les soupçons de colonialisme induits par le mot « world ». L’Académie présente le mot « global » comme « plus pertinent, moderne et inclusif », comme s’il était en effet au-dessus de tout soupçon, là où. Pour gagner en nuances dans les débats et en précision dans les descriptions, il faut peut-être remettre en cause le réflexe qui voudrait que tout ce qui relève du global fait de la mauvaise musique, comme si tout ce qui tient du local et du circuit court permettrait de faire de la musique forcément meilleure. Dans le dossier Globalisations esthétiques que publie la revue Multitudes, le philosophe Bastien Gallet cherche à relever les vertus musicales de vices de circulation de la musique et de ses procédés à l’échelle du monde. Pour compléter le tableau des effets musicaux de la globalisation, en plus des vices de circulation Bastien Gallet, nous parlerons diaspora chinoise et auto-tune, mais encore créolisation et iPod fatigué avec la musicologue et compositrice Marie-Hélène Bernard et le compositeur Jonathan Pontier pour un numéro « Globaliser » de Metaclassique enregistré dans l’espace musique de la bibliothèque publique d’information. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Apr 14

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Il est des œuvres musicales qui voudraient nous interpeller sur la crise environnementale de plus en plus irréversible. Mais comme les très très gros titres des journaux qui annoncent que plusieurs centaines de scientifiques prévoient une catastrophe écologique sans précédent si le monde continue à s’affairer toujours aussi carboniquement, tout comme des très très gros titres et la communauté scientifique internationale n’arrivent pas à provoquer des changements de vie à la mesure des conséquences annoncées les puissantes fresques orchestrales apocalyptiques ou même les musiques au volume plus modeste qui se mettent en contact direct avec la nature ne semblent pas non plus amorcer des prises de conscience assez décisives pour changer le cours de ladite catastrophe. Dans le livre Où atterrir ?, Bruno Latour ne parle pratiquement de musique. Sans doute parce qu’il ne s’en sent pas la compétence. Mais aussi parce qu’au-delà d’une ode nostalgique à la beauté de la planète ou une mise sous écoute de certains sons de la nature plus ou moins esthétisés, malgré les hymnes à la Terre et les audio-naturalismes, l’identification de ce que pourrait être une « musique d’atterrissage » reste encore un impensé. Pour essayer de définir à quoi pourrait ressembler la bande-son de la situation écologique dans laquelle nous nous trouvons, nous recevons Bruno Latour et le sociologue de la musique Antoine Hennion. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Apr 7

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Il peut paraître étrange que le mot de « sirène » qui désignait les créatures légendaires mi-femme mi-poisson au chant envoûtant, soit maintenant aussi été utilisé pour désigner les appareils de grande puissance sonore qui serve à alerter la population d’un bombardement, d’une attaque ou de quelque danger. À moins que l’étrange homonymie soit en fait significative : sans doute que le charme du chant des sirènes, parce qu’il appelle une somnolence délicieuse, annonce lui aussi un danger aussi brûlant que la sirène des pompiers. Dans le Traité des sirènes, Philippe Beck prévient que les « Sirènes ne disent que cela, probablement : « Viens à la révélation de la vérité des liens, appelée Harmonie, et tu te sentiras délié, libre dans l’espace commun. » » En prétendant soulager une tragédie, les sirènes pourraient bien l’aggraver. S’il y a des musiques qui cajolent pendant que d’autres veulent donner cœur à l’ouvrage et fleur au fusil, ce sont peut-être les deux faces d’une même maldonne musicale. D’ailleurs, ce Traité des sirènes fait suite à un essai, La Berceuse et le Clairon, où Philippe Beck reprend l’adage : « La musique adoucit les mœurs » pour le prolonger : « La musique adoucit les mœurs qu’elle prépare à la guerre. » Philippe Beck est l’invité unique de ce numéro « Claironner » de Metaclassique. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Mar 31

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« En mars, quand il tonne, chacun s’en étonne. » ; « avril fait la fleur, mai en a l’honneur » : sur les douze mois de l’année, se pose des dictons météorologiques souvent, presque moralisateurs quelquefois. Comme les douze mois de l’année ont des réputations variables, il y a même des statistiques : le mois de novembre est célèbre comme le mois le plus déprimant de l’année pour 24% des français, alors que c’est le mois de février qui est tenu pour le plus de démoralisant pour 14%. À force d’appeler des jeux d’associations d’idées, d’humeurs, de sentiments, les douze mois de l’année peuvent donner envie de réinventer de nouveaux proverbes ou de générer des questions existentielles : comment réconcilier les juilletistes et les aoûtiens ? y a-t-il des mois plus honnêtes que d’autres ? Autant de questions qui peuvent résonner à l’écoute du cycle Les Saisons pour lequel Tchaïkovsky a composé 12 partitions pour piano qui portent chacun le nom d’un mois de l’année. Douze partitions que le Trio Zadig a enregistrées et dont nous allons égrener chacune des étapes en digressant de variations de dictons en questions et débats mensualisés avec le violoniste Boris Borgolotto et le violoncelliste Marc Girard Garcia. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Mar 24

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Dans un best-seller de développement personnel intitulé La Méthode du Miroir, l’américaine Louise Hay érige le miroir comme un outil très pratique pour se dire des gratitudes à soi-même et, ce faisant, prendre en confiance en soi, aller plus loin qu’on n’avait jusque-là imaginer jusqu’à, ainsi de suite, devenir une version améliorée de soi-même. Devant le miroir d’une loge, avant l’entrée en scène, le pianiste peut se prêter à des introspections moins certaines de leur efficacité, peut-être pas moins méthodiques, mais sûrement pas aussi stratégiques. Et quand on joue à relier les miroirs entre eux, on pourrait voir que la main droite et la main gauche peuvent se poser en miroir l’une de l’autre sur le clavier, mais n’ont aucun intérêt à se confondre – l’anatomie du pianiste sur scène étant, depuis maintenant deux siècles, d’une asymétrie qui prête à tous les effets miroirs. Ceux-là sont devenus plus explicites et sources de jeux poétiques quand le pianiste Alexandre Tharaud a demandé au compositeur et dramaturge Jacques Rebotier de lui composer un spectacle, puis un concerto. Alexandre Tharaud et Jacques Rebotier sont les invités de ce 111è numéro de Metaclassique. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Mar 17

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Entre la harpe et la guitare, la différence est qu’on pince les cordes de la première alors qu’on gratte celle de la second. Même si rien n’empêche en soi de pincer les cordes d’une guitare, de gratter les cordes d’une harpe ou encore de les frapper comme les cordes d’un cymbalum. Les typologies d’instruments restent tout de même attachées à des gestes : on souffle dans les instruments à vents, tandis qu’on tape les instruments à percussion. Et puis, il y a un instrument dont l’histoire et la réputation sont restées associées à l’étrangeté : l’harmonica de verre, que l’on frotte, que l’on fait vibrer et pour lequel on doit, avant tout : se mouiller les doigts. Il pourrait alors y avoir un paradoxe : si le « doigt mouillé » est célèbre pour offrir une thermométrie aussi approximative qu’un pifomètre, c’est dans un contexte très scientifique qu’au 18è siècle, s’est développé l’intérêt pour un instrument qui se joue les doigts mouillés : l’harmonica de verre, développé par un scientifique, Benjamin Franklin, qui était aussi respecté pour ses succès diplomatiques. Tant est si bien que, pour faire une histoire de la musique aux doigts mouillés, il fallait cumuler un intérêt pour l’histoire de la musique, mais aussi l’histoire des sciences, mais encore, une histoire sociale genrée où le destin des femmes musiciennes est tellement dissocié de celui des hommes. C’est ce qu’a fait notre invité, Mélanie Traversier, dans un essai paru aux éditions du Seuil : L’harmonica de verre et Miss Davies. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Mar 10

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En 1951, dans Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt a défini le totalitarisme comme une politisation absolue de la société, un monde où tout est politique. La définition est si claire qu’elle est devenue un critère infernal : là où tout est politique, il y a donc totalitarisme. Le critère est alors si net qu’il peut même être manipulé à l’envie par les dictateurs qui n’ont plus qu’à garantir la liberté aux artistes de faire de l’art apolitique pour montrer, à travers leurs œuvres, la preuve qu’ils ne sont pas si totalement tyranniques. Dans le cas de la dictature franquiste en Espagne, les historiens de la musique retiennent l’image d’une vie musicale au ralenti. Mais en y regardant de plus près, il y a eu beaucoup d’activités musicales en Espagne : dans les années 50 et 60, des compositeurs qui ne se sont jamais défini comme franquistes ont tout de même pu travailler sous le régime de Franco et conquérir une reconnaissance internationale. Mais si, dans un régime totalitaire, tout est politique : est-ce que cette course à la reconnaissance doit être entendue comme une stratégie de contournement de la dictature ? À la suite de la génération de Manuel de Falla et Joaquin Rodrigo, des compositeurs nés autour de 1930, s’appellent Luis de Pablo, Cristobal Hallfter ou encore Juan Hidalgo : ils vont à Darmstadt, à Paris, défendent les tendances majoritaires de la musique occidentale savante du 20ème siècle : le dodécaphonisme, la musique électroacoustique comme autant de gages de modernité, d’universalisme, de manières de rattraper ce qui serait donc un retard de la musique espagnole sur la marche d’un monde qui veut se promouvoir en progrès. Pendant ce temps, face à des œuvres d’art contemporain qu’on lui présente comme révolutionnaire, Franco dit un jour : « Tant que les révolutions ressemblent à cela… », une phrase qui est devenue le titre du livre que notre invité, Igor Contreras, a publié aux éditions horizonsd’attente. Avec la partition de Jean-Noël von der Weid. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Mar 3

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Sorte de quadrille, la Tarentelle est une danse qui doit son nom à sa région d’origine, la Tarente, à moins qu’elle n’ait d’abord pris le nom de la tarentule, l’araignée dont la morsure est sensée pouvoir se conjurer par la danse de la tarentelle. En 1641, l’érudit Athanasius Kircher avait fait une typologie des tarentelles faite pour coïncider avec les types d’araignées, non parce que telle araignée faisait telle piqûre dont on espérait venir à bout avec telle ou telle danse conçue exprès, mais sans doute plutôt parce que, préventivement, on cherchait une danse capable de plaire à l’araignée… Et quand la médecine s’est mêlée au débat, on a même trouvé encore plus de types d’avis sur la question que de types d’araignées. Il y avait ceux qui pensaient que la morsure était venimeuse, pas toujours d’accord avec ceux qui pensaient que seule la musique la plus adaptée permettait d’en guérir. Sans compter ceux qui savaient bien que la morsure n’était pas vraiment dangereuse – puisque, si le venin était vraiment mortel, le fait de danser accélérerait sa propagation dans le corps. Mais au lieu d’un débat plus ou moins thérapeutique, ce qui lie tarentule et tarentulé se répand davantage dans un débat entre le mordu et lui-même. Leonard de Vinci disait : « La morsure de la tarentule fixe l’homme dans son propos, c’est-à-dire dans la disposition d’esprit où il se trouvait quand il a été mordu ». Dans ce numéro de Metaclassique, nous écouterons des extraits d’un entretien donné à La Radio Parfaite par la musicologue Juliana Pimentel qui a consacré une thèse aux tarentelles écrites en France, au 19ème siècle, pour le piano et nous échangerons avec la poète Suzanne Doppelt qui parle de la tarentelle comme d’« une ghost dance qui garde enfoui le secret de son geste muet », dans un livre meta donna paru aux éditions POL, qu’elle a commencé à écrire en regardant Taranta, un film ethnographique réalisé par Gianfranco Mingozzi en 1962, où l’on peut voir le rituel tarentiste dans les Pouilles. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Feb 24

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Selon que l’auditeur de musique est appelé « mélomane », « amateur », « fan » ou encore « féru de musique », est-ce qu’il écoute un genre plus ou moins valeureux socialement ? Même si l’éclectisme généralisé fait comme si tous les genres étaient légitimes et tout le monde pouvait – voire devait – écouter de tout, il reste que le mot « mélomane » est bienvenu et très courant quand on parle d’un genre éminemment légitime comme la musique classique, là où le mot « fan » passe pour plus inapproprié, comme s’il connotait une musique moins consacrée comme légitime. Et justement parce qu’elles sont discutables et parce que ces représentations sociales s’attachent à telle ou telle manière de nommer ceux qui écoutent la musique, ce numéro de Metaclassique veut prolonger les questionnements ouverts par la théorie de la légitimité culturelle héritée de Pierre Bourdieu, en invitant deux chercheurs : la psycho-sociologue Elise Wong qui prépare une thèse sur l’image sociale des auditeurs de musique classique et, pour commencer, le sociologue Wenceslas Lizé qui, à propos de ces manières de qualifier les auditeurs selon les genres qu’ils écoutent, a enquêté sur les liens entre légitimité et appellations, en se demandant : peut-on être « fan » d’un genre légitime ? Autrement dit, est-ce que la légitimité d’un genre interdit – ou, du moins, appelle une certaine réserve à – employer un vocable qui connote l’idolâtrie ? Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Feb 17

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Attendant son entrée pendant que jouent les trombones (indiqués sur sa partition), un flûtiste caricature son collègue tromboniste en action. Sur la partition de certains Préludes, Scriabine écrivait « Douloureux déchirant ». Alors que l’interprète peut être tenté d’y voir une indication de jeu et s’en saisir comme une demande du compositeur à donner à l’exécution de telle page des accents douloureux et déchirants, ces annotations peuvent rester à l’état de témoignage d’un état d’esprit. Au lieu d’être un seul document utilitaire qui permet à un interprète de retrouver les notes, les nuances, les indications du compositeur, la partition est donc un support qui s’annote. Clarinettiste à l’orchestre de l’opéra de Paris, Jean-Noël Crocq a publié Fosse notes, un livre album qui recueille des partitions où l’on peut lire des fragments de correspondance entre les musiciens de l’opéra directement sur leurs partitions, jusqu’à des considérations esthétiques sur la valeur morale de l’art lyrique. En dialogue avec Jean-Noël Crocq, nous accueillons deux compositeurs : Colin Roche et Frédéric Mathevet qui, l’un et l’autre, développent des rapports à la composition om la partition s’élabore poétiquement, plastiquement, et redistribue le temps musical en amont de la seule production du son. Plus que d’alimenter leurs processus créatifs, cette écriture investit le travail poétique de la partition en lieu et place de production musicale, au point qu’ils viennent de fonder la revue Documents où, solidairement, la musique se réfléchit par ces confections documentaires et s’y déploie. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Feb 10

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Dans un ouvrage sur la chromatique daté de 1786, L. Hoffmann rapportait le cas d’un Suisse, magistrat et peintre, qui colorait les sons des instruments : le son du violoncelle lui apparaissait indigo bleu, celui de la clarinette, jaune, la trompette rouge clair et le hautbois rose. Un peu plus d’un siècle plus tard, en 1898, Jean Clavière évoquait la synesthésie avec une hésitation terminologique riche en possibilités : il reconnaissait que l’audition colorée pouvait s’appeler hyperchromatopsie ou bien phonopsie ou encore pseudo-chromoesthésie. Là où on a commençait à impliquer le préfixe pseudo, c’est quand on a commencé à soupçonner que les phénomènes de synesthésie relevait donc du domaine des hallucinations. Dans un ouvrage entièrement consacré à l’audition colorée, de 1890, Ferdinand Suarez de Mendoza parle de « pseudo-protesthésie » pour désigner les « pseudo-sensations secondaires visuelles », mais encore de « pseudo-acouesthésie » pour les « pseudo-sensations secondaires acoustiques » et même de pseudo-gousesthésie » pour les « pseudo-sensations secondaires gustatives ». Là où les neurosciences du 21ème siècle ne classent plus tant les synesthésies par sens que par type de relation entre l’expérience et l’inducteur, selon qu’elle est additive, arbitraire, automatique, involontaire ou idiosyncrasique (Ruiz, 2014). Pour creuser les effets de ces synesthésie sur la conception de la musique et la création musicale, Metaclassique est cette semaine installé dans les espaces musicaux de la Bibliothèque publique d’information, avec : la musicologue Violaine Anger qui signe aux éditions Delatour, l’essai Voir le son, la philosophe Antonia Soulez qui fait paraître – aux éditions Delatour également –, Les philosophes et le son et, tout d’abord, Corinna Gepner, qui a consacré une monographie au Père Castel aux éditions Honoré Champion, inventeur d’un clavecin oculaire qui sert de point de départ ou de pierre angulaire ou de clé de voûte dans les histoires des synesthésies musicales qui a d’abord en se posant en rival aux théories de Rameau. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Feb 3

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Tant que possible, on pourrait vouloir augmenter son salaire, son patrimoine, ses responsabilités, son périmètre d’action. Au lieu de se laisser prendre par l’appât du gain et les logiques d’accumulation, on pourrait reporter ces logiques d’augmentation sur des matières plus artistiques. Mais le risque d’y perdre son âme ne s’en trouve pas forcément diminué. On connaît des artistes, des labels ou encore des émissions qui, croyant leur survie suspendue au marché, ne peuvent plus rien attendre de leurs arts qu’une augmentation de leurs audiences. Quand elle devient une valeur, l’augmentation peut être trépidante, exaltante autant qu’éreintante. Même si c’est encore par l’augmentation des possibles que l’on peut espérer trouver de nouvelles formes musicales et, avec elles, de nouvelles formes de liberté. En 2015, la violoncelliste Marie Ythier faisait paraître chez Little Tribeca un disque intitulé « le geste augmenté » où elle interprétait des pièces écrites pour violoncelle augmenté par l’électronique. Pour chercher par quel chemin l’augmentation de l’instrument par l’électronique se prolonger dans une augmentation de l’imaginaire musical jusqu’aux disques plus récents qu’elle a pu faire paraître, Metaclassique reçoit cette semaine la violoncelliste Marie Ythier, mais aussi le poète Charles Robinson. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Jan 27

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On ne compose pas à 60 à 90 ans comme on compose à 20 ans. Si bien qu’en comparant des œuvres tardives avec des œuvres de jeunesse, on peut se faire une idée du poids de la maturité sur la musique et vérifier si les stéréotypes se confirment : si la fougue s’est tarie, si le poids de l’existence pèse, si l’amertume et les regrets finissent par se dissiper. Les musiciens qui ont travaillé toute leur vie ont nécessairement gagné en maîtrise de leurs outils, mais se sont aussi plus ou moins adapté aux évolutions de leur temps. Mais si on transpose ces questions à la Renaissance, dans un seizième siècle resté l’emblème de la rénovation, on doit d’autant mieux saisir comment peuvent se nouer la maturité des musiciens et la maturation plus générale que le langage musical peut trouver dans une époque. Alors, pour questionner l’art de mûrir en musique, nous accueillons la musicologue spécialiste de la musique de la Renaissance, Isabelle His et le directeur musical de l’ensemble Thélème, Jean-Christophe Groffe. Une émission produite et réalisée par David Christoffel. P.U.R., 2020

Jan 20

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Parmi les bons vieux usages de la musique, il y a la propagande. Quand le disque a permis d’industrialiser les réseaux de distribution de la musique, certains militants politiques s’en sont donc aussitôt saisi pour arroser le monde de leurs idées, un peu plus largement qu’avec un simple porte-voix. C’est comme ça qu’avant d’être par cinq fois candidat aux élections présidentielles de 1974 à 2007, Jean-Marie Le Pen a connu une longue carrière d’éditeur phonographique. En publiant des discours du Maréchal Pétain ou encore des marches militaires, sa maison de disque – la SERP – a vite été repéré pour son ancrage idéologique. Mais comme par anticipation de ses stratégies de dédiabolisation et de brouillage des pistes idéologiques, Jean-Marie Le Pen a aussi édité des disques de gauche, comme une anthologie sonore du Front populaire ou encore une compilation de chansons anarchistes. Pour retracer l’histoire de la SERP, nous recevons Jonathan Thomas qui est l’auteur d’un essai paru aux éditions de l’EHESS, La Propagande par le disque. Jean-Marie Le Pen, éditeur phonographique. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Jan 13

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Dans une lettre au compositeur Carl Friedrich Zelter, le poète Wolfgang von Goethe écrit un jour, alors que le genre du quatuor à cordes était encore tout récent : « Nous entendons discuter quatre personnes intelligentes, nous pensons saisir des morceaux de leur conversation tout en découvrant quelque chose des spécificités des instruments. » L’analogie entre le quatuor à cordes et la conversation intelligente a suffisamment marqué les esprits des musiciens pour que leurs partitions s’agencent comme des questions réponses à la fois bienveillantes et profondes, une sorte d’idéal de l’échange constructif, pas loin d’une utopie sociale concrétisée. Par contre, l’analogie n’avait pas encore été saisi comme une occasion radiophonique pour inviter les quatre musiciens d’un même quatuor à doubler verbalement leurs parties, phrase à phrase. C’est à cette expérience inédite que nous avons invité les quatre membres du Quatuor Tchalik : en exclusivité pour Metaclassique, partitions sous les yeux, les violonistes Gabriel Tchalik et Louise Tchalik, l’altiste Sarah Tchalik et le violoncelliste Marc Tchalik nous offrent donc un doublage de leur enregistrement des deux quatuors de Reynaldo Hahn. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Jan 6

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Quand on écoute de la musique à la radio, on dit qu’on écoute de la musique. Mais quand on écoute un débat ou un documentaire, on dit plutôt qu’on écoute la radio. À moins qu’on dise qu’on écoute… les infos ! On peut évidemment en déduire que la musique est une chose très différente des infos, mais on peut aussi comprendre que la radio est aussi une chose bien différenciée des seules infos ou de la stricte musique. Si c’est un peu plus ou un peu moins que des infos, qu’est-ce que c’est ? Et ça, à force d’être préparée de manière particulière, la radio pourrait être une sorte de musique, est-ce qu’il lui faut une esthétique spéciale ? A moins que l’art radiophonique et les arts sonores qui s’ensuivent, sont à compter parmi les musiques expérimentales. Bref, à force d’interroger la musique par les moyens propres de la radio : Metaclassique célèbre son centième numéro en consacrant la question : à partir de quand la radio s’écoute, en tant que radio, comme de la musique. Pour cela, nous entendrons au cours de cette émission Gérard Pelé qui a fait paraître aux éditions de L’Harmattan, le livre Autour de l’esthétique expérimentale et nous serons accompagné pendant une heure par Loïc Bertrand qui a soutenu une thèse à l’Université Paris-Diderot dans laquelle il fait une archéologie des arts sonores. Avec la participation d’Omer Corlaix. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Dec 2020

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Depuis six mois, je passais des heures entières chaque jour à « essayer » des pseudonymes, je les calligraphiais à l’encre rouge dans un cahier spécial. Ce matin même, j’avais fixé mon choix sur « Hubert de la Vallée », mais une demi-heure plus tard, je cédais au charme nostalgique de « Romain de Roncevaux ». Mon vrai prénom, Romain, me paraissait assez satisfaisant. Malheureusement, il y avait déjà Romain Rolland et je n’étais disposé à partager ma gloire avec personne. Tout cela était bien difficile. L’ennui, avec un pseudonyme, c’est qu’il ne peut jamais exprimer tout ce que vous sentez en vous. J’en arrivais presque à conclure qu’un pseudonyme ne suffisait pas, comme moyen d’expression littéraire, et qu’il fallait encore écrire des livres. Romain Gary semble avoir projeté dans sa vie d’artiste l’opportunité d’une vie résolue, voire absolue ou bien intégralement auto-décisive, avec la contrainte peut-être impossible qu’elle soit même pleine et entière. Depuis quelques mois, le comédien Robin Renucci et le pianiste Nicolas Stavy tournent un spectacle où des textes de Paul Valéry, Romain Gary, Arthur Rimbaud, Marcel Proust réunis autour de l’enfance à l’œuvre viennent en dialogue avec pièces musicales plus ou moins gauches et essentielles. Le pianiste Nicolas Stavy et le comédien Robin Renucci sont les invités de ce 99è numéro de Métaclassique. Une émission produite et réalisée par David Christoffel.

Dec 2020

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Des héros de cartoons qui jouent une partition virtuose de Franz Liszt, ce sont autant d’occasions d’enchaîner les gags les uns après les autres, de dessiner un relief dans la partition, relever certains rebonds pathétiques comme des occasions de chasser une souris qui se baladerait sur le piano : bref, de tendre et détendre les humeurs musicales en synchronisant une somme d’événements qui ne s’enchaîneraient sans doute pas si vivement sans la vitalité pianistique qu’ils tapissent. Dit comme ça, le point commun avec la musique de cirque est frappant : quand l’orchestre et le déroulement du spectacle s’emboîtent si bien que l’un se synchronise avec l’autre jusqu’à ne pas savoir lequel précède. La musique et la trame narrative s’activent alors comme les deux moteurs enchevêtrés d’une même dynamique à la fois virtuose et comique. Pour croiser les perspectives entre la musique classique qui inspire des synchronisations millimétrées dans les cartoons et la musique du cirque, nous recevons deux musicologues Philippe Gonin, dont deux études sur la musique dans les cartoons sont accessibles via la page de l’émission sur Metaclassique.com et Marc-Antoine Boutin qui prépare une thèse sur al musique de cirque aux Université de Montréal et de Paris-Sorbonne Une émission produite et réalisée par David Christoffel. Lien vers les deux études de Philippe Gonin évoquées dans l’émission :La 2è Rhapsodie Hongroise de Liszt et le cartoonEmprunts, citations et pastiches dans les musiques des cartoons américains : une acculturation culturelle ?

Dec 2020

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