Michelle

Michelle Podcast

Michelle, le podcast qui raconte des histoires de femmes libres. Des femmes qui n'ont peur ni de leur ombre ni de leur ambition.

Le sexisme, c'était avant. Âmes patriarcales, s'abstenir !

All Episodes

Agathe Bousquet est une femme qui vous dit, les yeux dans les yeux : « le sujet, ce n’est pas le statut, le sujet, ce n’est pas l’argent. Le sujet, c’est d’avoir envie ». Le sujet, avec elle, c’est qu’elle vous a déjà embarqué.e. Jeune dirigeante de l’une des plus grosses agences de communication et de publicité, elle relève le gant des critiques, on entend Bernays, on entend peut-être même Pilhan : « c'est compliqué, la communication, nos dirigeants en savent quelque chose. Ce n'est pas très facile de réconcilier un pays, ce n'est pas très facile de réconcilier des entreprises, ce n'est pas très facile d'éviter des crises diplomatiques. Ce n’est pas facile d'être compris, c'est cela, la communication ». Vous ne pouvez pas la quitter, vous ne pouvez pas vous lever de votre chaise : « j’aimerais apprendre à mes enfants à ne pas avoir peur des autres, à ne pas avoir peur non plus de ce qui va se passer si on perd un peu tout demain parce qu’au fond il y aucette idée qu’on va rebondir ,qu’on va trouver son chemin ». Agathe Bousquet est une femme au contact évident, comme palpable, une femme qui se met à votre contact, son regard, sa parole, ses réflexions. Quelque chose en elle vous offre sa présence, sans compter les minutes, sans compter les heures. Agathe Bousquet, c’est le risque et la chance d’une vraie rencontre.

Aug 2020

32 min 55 sec

Amélie Nothomb tells you: "I belong to a family where literature is sacred. God, it was less important than a writer. " She was God, then reduced to adolescence. She was all, then almost broken down. But at this precise moment, she is there. She holds the French book industry at the end of her Belgian arms. But for an hour, the quality of her presence is overwhelming, and frankly unexpected. She doesn't want to distract herself, she wants to get to know each other and she wants to understand. She shines with a long tirade about her childhood and her vocation. She already knows the questions. They have been asked to her hundreds of times. And then she comes back, she gives you some space. Then, she speaks about her femininity, about ugliness as an original condemnation. About how lucky it is to be a woman, despite constant calls to order, intimidation. Amélie Nothomb is a small, frail woman. She is direct and capricious. She's a ghost and she's a singer. Admirable language, irreproachable spirit and carnal presence. Star and sister. For her, "Being a woman is harder than being a man and that's why it's so good. Everything that is more difficult is more interesting ”. At her desk, between meticulous piles of letters from her readers, she says she never wanted a child. She gently challenges you to judge her. All women are women. For you, this is a basic axiom, an achievement of the sisterhood relationship. All women are women. Those who can't, those who don't want to. All women. Amélie Nothomb, with her character, no less than the others, and even more, much more. Still, writing about a writer is a big deal.

Aug 2020

26 min 12 sec

Béatrice Barbusse est une femme qui lâche tout de suite : « on vous dit que le sport est apolitique, qu’il y a des valeurs de partage, de solidarité, on est tous frères et sœurs. Toutes ces valeurs sont plus qu’incantatoires, elles sont totalement illusoires. Derrière on découvre de nombreux sujets tabous ». Le ton est donné. Des années de lutte pour faire prévaloir son talent sur le terrain et son intelligence sur les bancs de l’école, sur les déterminismes sociaux, sur le sexisme, sur la violence des plafonds de verre. Elle a réussi. Normalienne et première femme en France  à avoir été présidente d'un club sportif professionnel masculin : « à un jeune homme qui se moque d’une sportive parce qu’elle n’est pas féminine, je demanderais qu'est-ce que c'est qu'être féminine ? Qu'est-ce qu'une femme ? Je lui poserais des questions pour qu'il se rende compte que derrière son jugement, il y a beaucoup plus de questions que de réponses et qu’il n’y a surtout pas de certitude ». Il y a chez Béatrice Barbusse l’alliance d’une grande force, d’une détermination en acier trempé et d’une empathie qui se retient, qui déborde, qui n’y peut rien. Et à la fin, il vous reste la tendresse. Cet épisode a été réalisé en collaboration avec ABlock! – le média dédié au sport féminin

Jun 2020

28 min

ORLAN is an extraordinary woman who says to you "like everyone else, I tried to be a woman, a real woman. I tried to be the whole woman, to poison myself. But the poison was so virulent, that I started to vomit it ”. And you ? Will you take a little more? There is her hairstyle, there are her implants. But there is especially this woman who does not lie, this woman who is not afraid. At the beginning, she tests you a little, she wants to see who we put her in front of. So you stand like a loner in strong winds. One question drives the other away and you see her smile, her eyes. ORLAN is a very beautiful woman. But you don’t have time to tell her. In front of you, there is a powerful, creative woman. She tells you as with caution "my life has been for nothing, all my work has been for nothing, women often prefer to be decorations". There, in the middle of her workshop, what a shock. And then its silences which hatch everywhere, but never flee. She translates to you what her whole work only screams: "Beauty is a question of dominant ideology". For her, being a woman means taking all possible means to have a point of view and express yourself in the world. And then, microphones closed, the fire of discussion still rolling. she offers you to stay a little longer. You politely refuse, like a child. Wrong answer.

Apr 2020

40 min 16 sec

Charlotte Girard-Fabre vous dit « Ce qui a changé ma vie, c’est un discours d'éducation que j’entends depuis que je suis toute petite : tu as le droit de dire non sans donner de raison ». On adore. La simplicité, la puissance, l’évidence. Mais on n’ose plus trop poser de questions, du coup… Arbitre internationale olympique de Hockey, elle a brûlé ses vaisseaux le jour où elle a dénoncé les agressions sexistes dont elle a été victime : « les femmes deviennent toujours des cibles du sexisme, dès qu’elles font de l'ombre aux personnages masculins. C’est avec l’accroissement de mon palmarès d’arbitre internationale que j’ai progressivement vu arriver les réactions sexistes ». Elle a subi un gros retour de bâton, et elle s’est remise debout : « ce que les opposants ne peuvent pas savoir, c’est combien nos forces sont décuplées pendant le temps de résilience, pendant le temps de la colère puis de la dépression. Je suis cent fois plus forte aujourd'hui que je ne l’étais au moment où j’ai dénoncé le sexisme ». Avec Charlotte Girard-Fabre, avec sa force qui remplit l’espace, qui crève les yeux, vous attendez le grondement de la colère, vous attendez des détails, des éruptions, vous vous attendez à des mots qui font mal. Mais elle est venue vous guérir. Elle est venue « dénoncer fermement et fortement des situations d’injustice criante tout en restant modérée et calme ». Elle ne se taira plus. Et elle veut agir en fédérant, elle veut s’appuyer sur les hommes qui croient en l’égalité. Oubliez tout ce qu’on vous a raconté sur le féminisme, écoutez-la. Elle sourit, elle rayonne. Ça vous fait penser à Gloria Steinem ? Moi aussi. Cet épisode a été réalisé en collaboration avec ABlock! - le média dédié au sport féminin

Apr 2020

26 min 5 sec

Nathalie Palladitcheff est une femme qui vous dit :“Je ne vois pas de contradiction entre le grand capital et les soucis du monde. Je pense qu'il y a un chemin qui est en cours. Plus on sera dans une construction économique et sociale durable, et en accord avec les besoins du monde, plus la rentabilité long terme sera assurée. Quand on est riche et bien portant, si on ne fait pas quelque chose pour le reste du monde, qui va le faire ? ”. Gentle reminder. Ancienne directrice financière d’Icade, elle est devenue québécoise d’adoption. Elle en est à sa cinquième année de learning expedition, en tant que CEO. Pour elle, un bon leader, c’est “une bonne personne. C‘est un espace possible : être soi-même, être authentique, assumer ses faiblesses et à la fois être quelqu'un qui inspire les équipes. Cela résonne presque physiquement pour moi. Je fais beaucoup de danse et ce sont deux sensations proches : faire des choses difficiles, assumer que c’est difficile mais toujours avec élégance.” Il y a Nathalie Palladitcheff, sa vivacité d'esprit, sa sophistication, sa profondeur. Et puis il y a un naturel vibrant et une joyeuse vitalité qui remportent la mise. Soudain, il n’y a plus de questions. Elle vous dit qu’elle est toujours la même personne partout dans sa vie, qu'elle regarde tout avec les mêmes yeux, qu’elle n’a jamais compartimenté. Elle n’a jamais voulu choisir. De toute façon, c’est trop tard, elle vous a déjà embarqué.e.

Mar 2020

39 min 22 sec

Carmen Munoz Dormoy qui vous dit « l’image qu’on projette sur les femmes historiquement, ce sont les stéréotypes de la maternité : la tendresse, la douceur, l’amour, l’écoute. Quand une femme porte des attributs du leadership considérés comme masculins, on pointe l’écart par rapport à l’idéal stéréotypé de la femme maternelle comme quelque chose de négatif ». On n’y retirerait rien, pas un mot. Il y a chez elle une chaleur, une facilité de contact que l’on impute spontanément à ses origines espagnoles. Mais c’est un peu court. Carmen Munoz Dormoy est une synthèse inimaginable entre la rationalité d’une ingénieure, l’engagement d’une militante pour l’égalité et le climat et une joyeuse propension à accepter de prendre des risques : « très souvent dans ma carrière, j’ai pris des postes qui n’étaient pas simples et pour lesquels il n’y avait pas énormément de candidats. C’est un conseil que je donne aux jeunes femmes : n’ayez pas peur ! Vous progresserez ! » Dans son bureau, elle parle des stéréotypes, elle parle de l’importance de bien choisir son conjoint. Et puis elle vous glisse « chaque femme est un monde, chaque femme a ses circonstances et ce qui est très important, c’est qu’elle puisse choisir ». Chaque. Femme. Est. Un. Monde. Chaque homme aussi. Et c’est le tout qui est si beau.

Mar 2020

30 min 59 sec

Emmanuelle Quilès est une femme qui vous dit sans détours : « petite, je n’aimais pas que les autres femmes soient silencieuses, je ne veux pas être une femme qui se tait ». Ça ne pourrait pas mieux commencer. Elle met les mots sur ces trajectoires de grandes dirigeantes. Elles n’ont pas vu le sexisme, elles n’ont pas regardé, elles n’ont pas voulu s’y arrêter, elles ont forcé le positivisme. Et puis, un jour, elles relient les points. Emmanuelle Quilès s’est attaquée au sujet comme à un plan stratégique de mise sur le marché d’un nouveau médicament. Elle dit simplement qu’elle refuse que d’autres femmes subissent ce qu’elle a subi. Peut-être parce qu’elle est une très belle femme, qui s’est définie au-delà de son apparence. Peut-être parce qu’elle a décidé de ne pas se taire, sans être agressive ou péremptoire. Emmanuelle Quilès porte en elle la trace des combats. Elle voudrait être cette femme libre, la femme qui a le courage de déplaire, comme la décrit Leïla Slimani. On sent qu’Emmanuelle Quilès cherche encore quelque chose, entre vulnérabilité et détermination. Emmanuelle Quilès est, à elle seule, un chemin.

Feb 2020

29 min 40 sec

Yseulys Costes is a leader who says to you, eyes in eyes, “obviously I'm a feminist. In Europe, it is in our interest to be feminist. It’s not a moral problem, it’s an efficiency problem, diversity brings efficiency. ” She created 1000Mercis, when no one saw where this story of digital marketing could lead. One step after another, she wears something of 21st century leadership. She agrees without facetiousness. She formulates convictions without fuss: "For me, having social impact today means creating jobs. If you really want to have an impact, you have to start a business and make it grow, you have to have ambition. " What strikes you, about Yseulys Costes, is her calm speech, her gaze planted in yours, her intellectual articulation. She does not shy away from any questions. We feel the thrill of the alliance of pleasure, daily, determined, well-chosen and of an open, deep, healthy intelligence. There are meetings that soothe and reconcile you. You have the stubborn impression to have met a real woman, a natural woman. Still, you know it doesn't make sense in and of itself.

Feb 2020

24 min 42 sec

Karima Silvent est une femme qui insiste : « je sais d’expérience que certaines quiet voices ne s’expriment pas en réunion si on ne les sollicite pas et pourtant, ce sont celles qui font parfois basculer le cours d'une conversation et d’une histoire ». Quelle délicatesse. Il y a quelque chose chez Karima Silvent qui vous dépasse, quelque chose de trop grand pour la pièce. Une très grande intelligence qui se maîtrise, un regard posé qui ne se détourne jamais, un rire généreux. Surtout il y a une vitalité irrésistible, inaltérable, une puissance profonde, presque mate, et joyeuse. Sur la parité dans les grands groupes, elle appelle à contraindre « les entreprises à rendre publics leurs engagements parce qu'on ne change jamais qu’une réalité explicite et qu’on peut mesurer. Je crois beaucoup aux chiffres et à la forme d'obligation sociale qu’on se fixe ». Il y a le parcours incroyable de Karima Silvent, les statistiques déjouées, le succès. Mais surtout il y a chez elle une force qui ne craint personne et qui, à la fois, ne veut dominer personne. L'ADN de la liberté.

Feb 2020

35 min 22 sec

Yaël Braun-Pivet est une femme qui vous dit : « ma mère m’a appris qu’il ne fallait pas suivre la voie que l’on avait tracée pour vous, qu’il faut trouver son propre chemin ». On prend des notes pour nos filles. Dans son grand bureau de l’Assemblée, vous rencontrez une femme qui vous regarde, une femme qui vous parle vraiment, une femme qui ne joue pas de jeu. Vous pourriez l’avoir croisée en vacances. Elle pourrait être une maman de l’école, une amie d’amie ou votre médecin. Vous allumez le micro, et elle garde cette intelligence de la délicatesse et de l’engagement : « aux Restos du cœur, j’ai compris que certaines personnes ne sont plus capables d'aller frapper à la porte pour demander de l'aide, elles sont trop abîmées par la vie, il faut aller vers elles. J’ai vu les limites du Y a qu’à… Faut qu’on… ». À ce moment précis, elle a l’air d'être le contraire d’une politique. Elle rit, elle pose ses limites, elle dit le fond de sa pensée, parfois elle hésite avant de répondre, elle cherche, elle sourit. Yaël Braun-Pivet aimerait donner aux autres l’envie de s’engager. À vous, elle vous donne furieusement envie de rester. 

Jan 2020

32 min 34 sec

ORLAN est une femme hors du commun qui vous dit « comme tout le monde, j’ai essayé d'être une femme, une vraie femme. J'ai essayé d'être toute la femme, de m'empoisonner. Mais le poison était tellement virulent, que je me suis mis à le vomir ». Et vous, vous en reprendrez un peu ? Il y a sa coiffure, il y a ses implants. Mais il y a surtout cette femme qui ne ment pas, cette femme qui n’a pas peur. Au début, elle vous teste un peu, elle veut voir qui on lui a mis en face. Alors vous tenez comme sur un solitaire par gros vent. Une question chasse l’autre et vous apercevez son sourire, ses yeux. ORLAN est une très belle femme. Mais vous n’avez pas le temps de le lui dire. Face à une vous, il y a une femme puissante, créatrice. Elle vous dit comme avec précaution « ma vie n’a servi à rien, toute mon œuvre, tout mon travail n’a servi à rien, les femmes préfèrent souvent être des décorations ». Là, au milieu de son atelier, quel choc. Et puis ses silences qui éclosent partout, mais ne fuient jamais. Elle vous traduit ce que toute son œuvre ne fait que hurler : « la beauté, c’est une question d’idéologie dominante ». Pour elle, être une femme, c’est se saisir de tous les moyens possibles pour avoir un point de vue et s’exprimer dans le monde. Et puis, micros fermés, le feu de la discussion toujours roulant. elle vous propose de rester un peu plus longtemps. Vous refusez poliment, comme une enfant. Mauvaise réponse.

Jan 2020

43 min 8 sec

Marie-Sophie Ferdane est une femme qui sort tout de suite des sentiers balisés : « j’aimerais bien passer une heure avec Marie, la mère du Christ. J'aimerais bien avoir sa version de l'histoire. On lui a fait dire beaucoup de choses… ou pas grand-chose justement. » Elle commence l’entretien un peu méfiante, vous ne savez pas trop. Vous savez qu’il y a quelqu’un en face, elle vous regarde, elle attend. Au sujet du film Je ne suis pas un homme facile où elle incarne une femme de pouvoir dans un monde où les hommes sont dominés, elle révèle : « j’ai expérimenté combien c’était libérateur, combien ça fait un bien fou de pouvoir être ample, large et de ne pas être obsédée par ce que l'autre pense de nous. Après, c’est difficile de reprendre le harnais ». Vous aimerez ses agacements parce qu’ils sont sains, intègres : « c’est aux hommes qu’il faut demander, sans rire et sans perdre son sérieux, au nom de quoi on pourrait interdire quoi que ce soit à une femme ? Je voudrais juste que quelqu'un de très intelligent vienne nous expliquer pourquoi, et si son argument est merveilleux et très construit, moi j'abdique, je dirai “ah pardon je n’avais pas compris”. Il y a chez Marie-Sophie Ferdane une élégance puissante. Son intelligence, profonde, alerte, brute et puis ces questions où elle répond en rentrant en elle-même, en hésitant, en poussant un mot après l’autre, dans des accidents de silence. Des silences mystiques.

Dec 2019

32 min 15 sec

Elisabeth Guigou est une femme que vous avez toujours connue. Son regard, sa posture élégante, les images de l’hémicycle et les années qui s’égrènent. Une jeunesse politique française dans les années 1990 et 2000. Elle vous dit : « dès que je suis devenue ministre, je savais que je devais descendre dans l’arène électorale. Ça n’avait pas de sens de n’être ministre que grâce à la volonté d’un Président ». Vous êtes face à une femme pleine de solennité et de malice. Les femmes blondes sont froides ? Elle ne s’en soucie pas outre mesure, c’est comme ça depuis Hitchcock ! Et puis elle revient sur sa passion européenne : « l’Union Européenne est le seul espace politique au monde où la peine de mort est strictement interdite. Dans les valeurs de l’Europe, on retrouve l’égalité entre les femmes et les hommes, la non- discrimination quelle qu’elle soit. Dans quel autre espace au monde trouvez-vous ça ? Nulle part ». On n’y avait jamais pensé comme ça. Soudain, c’est simple, non ? Une icône ? Bien sûr, mais vous ne la prendrez pas en plein délit de passéisme ni d’amertume. Combattante : « il ne faut pas se laisser intimider. Nous, les femmes, sommes la moitié de l’humanité ». Le sens tactique vissé au corps, elle veut désormais parler aux jeunes hommes : « intéressez-vous au sort des femmes parce que c’est votre sort à vous qui est en jeu ». On revoterait bien Guigou.

Dec 2019

31 min 46 sec

Namita Shah est une femme qui ne tourne pas autour du pot : « si l’image que je renvoie n’est pas l’image que l’on souhaite pour une femme à mon niveau, c’est qu’il faut changer de femme ! ». Message de service. Vous la trouvez d’abord très élégante dans son bureau, le regard sombre, de la douceur, de la précision. Tout ça. Elle vous raconte, sans éviter les questions, les décalages avec la culture française, sa compréhension des codes. Sans drame, sans complaisance, elle met patiemment des mots sur les mécanismes des inégalités : « Par nature, on ne voit que les gens qui sont « comme nous », et comme la plupart des dirigeants sont des hommes blancs ingénieurs… ils ne voient pas les femmes ! ». Derrière le sérieux, la netteté du propos, les émotions font leur chemin, moins timides, moins retenues. Quand elle vous dit qu’elle n’a pas pu micro-manager la vie de ses enfants – mais merci, ils vont bien – on respire. Quand elle confirme qu’on cherche la femme parfaite, mais moins souvent l’homme parfait, on sourit. Quand elle finit par nous dire que le plus simple quand on nous propose une opportunité, c’est quand même de prendre le risque de dire oui, elle nous a eu.es, on ne veut plus partir, ce qu’on veut, c’est regarder le monde par sa fenêtre, et qu’elle ne reste pas trop loin.

Nov 2019

39 min 34 sec

Sophie Grégoire est une femme qui vous dit « être une bonne dirigeante ? Pour moi, c’est assez simple, c’est payer ses collaborateurs et ses fournisseurs. Les payer en temps et en heure » et elle ajoute « trouver un bon fournisseur, ce n’est jamais une question d’argent, c’est une question de confiance ». Vous vouliez du bullshit de leadership ? Reprenez plutôt votre Harvard Business Review. Elle a été élue femme business de l’année. C’est une héritière, la 3ème génération de femmes. C’est une bâtisseuse, elle a monté un atelier aux Philippines. La femme, derrière cette marque de gant dont parlait votre maman avec délicatesse en se frottant les doigts pour mimer la finesse du cuir, c’est elle. Elle est là, avec vous, et elle inonde l’espace, pas seulement de ses boucles châtain, de son sourire irrésistible. Dire que Sophie Grégoire est une femme solaire… Le plus beau naturel de l’Ouest ! La relève se prépare déjà, avec une fille qui veut écrire son chapitre dans l’histoire des femmes de la famille. Ce qu’elle lui dira ? « Ne pas faire comme moi, ne pas faire comme sa grand-mère, qu’elle apporte son propre ADN ». C’est presque agaçant, cette sérénité et cette justesse.

Nov 2019

27 min 56 sec

Florence Guillaume est une femme limpide qui vous dit très vite : « j’ai compris que si je voulais être pleinement libre, il fallait que je sois pleinement autonome ». Comme un fil à plomb. Bien sûr, l’espace d’un instant, son statut de jolie femme, blonde aux yeux bleus, vous cueille dans un soupçon de stéréotype. Et puis vous reviennent les 900 gendarmes, le grade de colonnelle, l’école de guerre. Alors on l’écoute. Pas parce qu’elle va devenir l’une des plus jeunes générales de gendarmerie, non. Mais parce qu’elle vous lâche : « un chef, ça n’a pas de genre. Un bon chef c’est celui qui réalise la mission avec le souci de ses hommes et de ses femmes », parce qu’elle vous parle d’elle-même, et qu’elle sonne formidablement juste. Paisiblement, elle revient sur son chemin : « avant je précisais “je ne suis pas féministe, je ne suis pas MLF”, mais j’ai fini par me demander pourquoi je mettais toutes ces précautions d’usage. Il n’y a pas de précautions d’usage à mettre, je suis féministe, je suis humaniste, et ce n’est pas un gros mot ». Et à la fin, quand elle ajoute « si une femme a envie d’être masculine, qu’elle le soit, on n’est pas là pour plaire aux hommes, une femme a bien le droit d’être ce qu’elle a envie d’être », il était vraiment temps qu’elle parte. Vous êtes passée à deux doigts de vous engager dans la gendarmerie.

Nov 2019

35 min 41 sec

Anne-Claire Legendre est une femme qui vous dit : « c’est très excitant aujourd’hui d’être une femme. Ça fait 200 ans que les femmes réfléchissent à leur place dans la société, à ce que représente le genre, à la façon dont elles peuvent exprimer leurs aspirations individuelles et je crois que les hommes commencent tout juste à se poser la question ». Très jeune consule, très blonde consule, Anne-Claire Legendre vous emmène au rythme élégant de sa parole ultra-structurée. Une parole maîtrisée mais frontale, une parole qui ne cache ni ses engagements ni les méandres de sa trajectoire. Elle vous parle de force de femme, de ressources à trouver en soi, et puis elle vous parle de diplomatie féministe et féminine. Pour elle, « le féminisme, c’est la nécessité de l’égalité entre les femmes et les hommes, c’est l’accomplissement du programme des Lumières ». Elle ne comprend même pas qu’on se pose la question d’être féministe ou pas. Elle vous rappelle que les femmes n’ont pas d’autres choix que d’entrer dans un jeu de négociation avec la réalité, avec la société, avec les contraintes qu’elle leur impose. De cette réalité socio-historique elle tire une grande force. Une femme en diplomatie, ce n’est pas une révolution culturelle, c’est une tautologie.

Nov 2019

35 min 48 sec

Caroline Robert est une professeure de médecine qui vous dit « il faut dire aux filles et aux garçons qu’ils peuvent tout faire et insister auprès des garçons sur le fait que les filles peuvent tout faire ». Elle-même n’avait pas planifié cette ascension et cette reconnaissance. Mais elle a décidé de ne rien s’interdire. Caroline Robert est une femme qui est allée au-delà. Au-delà des limites statutaires entre le patient et le médecin, au-delà de ce qui se fait, de ce qu’il est de bon ton de faire dans l’institution. Au-delà de la peur, de sa peur. Elle est forte de toute cela. Elle est forte de son naturel, de ces prises de risques qu’elle voit comme l’essence de son métier. Former à l’empathie et à l’annonce des nouvelles, donner son numéro à certains patients : « je suis une seule personne, je ne peux pas être différente avec mes filles, avec mon compagnons, avec mes patients ». Bien sûr, vous ne pourrez pas vous empêcher de vous dire : « si j’ai un mélanome, je veux que ce soit elle ». Sa chaleur, son intelligence, son naturel qui pétille, même quand c’est si grave, même quand on a si peur. Et puis finalement… pourquoi attendre un mélanome ?...

Oct 2019

29 min 14 sec

Anne Cullerre est une femme que vous ne savez pas comment appeler, madame, amirale… La première amirale française, ça vous intimide un peu. Elle vous détend tout de suite. Elle, son sourire, son regard pétillant. « Je suis vice-amirale. J’ai mis un “e” à vice-amiral parce que j’ai été marin, militaire et femme, tout en même temps et quelque part cet intitulé résume ce que j’ai été ». Aussi simple que cela. Devant vous, une femme vive, sportive, pleine d’humour. Les remarques sexistes ? Elle les a balayées en riant « je lui ai dit que j’avais couché avec tout le jury ». Le sentiment de sa propre légitimité, elle l’a construit patiemment, en regardant la succession des postes de commandement derrière elle, et l’étendue de la mer devant elle. « Jamais je ne me suis dit « je suis une femme, comment je vais faire? » J’étais cheffe, avec mes tripes, avec mon envie, avec ma motivation et mon énergie, et je pense que ça se sentait tout simplement ». Soudain l’armée a un visage. Et c’est un visage de femme. Ce marin qui se tient droit avec des jumelles et des gallons, entre les dauphins qui filent, c’est une femme. Ce combattant qui raccompagne gentiment des pirates somaliens qui ont piteusement confondu un pétrolier civil avec un bâtiment militaire français, c’est une femme. Des milliers de marins sous ses ordres. Anne Cullerre est un antidote parfait aux niaiseries sur le leadership au féminin.

Oct 2019

43 min 36 sec

 Inna Shevchenko is a living icon. It came close for her: "I know from experience that for some people, it is easier to kill than to accept that women using their voices and their bodies to challenge their morality." Inna Shevchenko looks like the daughter of Barbie and Stalin, and she wants to liquidate both her parents: "the patriarchy was erected on the female body. It is therefore with our bodies, on this battlefield precisely, that we can destroy patriarchy. An active, non-passive body, a moving body that screams, an angry body that does not smile". When she arrives, nothing has prepared you for the sharpness of her intelligence, the modesty and the elegance of her confidences. She was only taught the competition between women and that her own body is a sexual object. Since then, to free herself, she yields "Death to the Patriarchate". But what you can heat is her need for sorority, mutual support and shared joy.

Oct 2019

41 min 23 sec

Anne Lauvergeon est une icône qui vous assure : « pour chaque promotion que j’ai connue, j’ai passé 6 à 9 mois très difficiles. On dit que les femmes ont toujours le syndrome de l’imposteur, moi je suis un cas à encadrer ». Elle était à l’Elysée avec Mitterrand, elle a dirigé Areva. Une comète du CAC, elle s’est battue pour sa vision, elle a résisté. Et la résistance, c’est pas très féminin, si ? Anne Lauvergeon n’occulte pas le problème : « il faut penser de manière plus globale : la lutte contre les violences faites aux femmes ne doit pas nous empêcher de continuer de progresser sur la question des femmes dans le monde du travail ». L’égalité hommes-femmes, elle la traite comme une capitaine d’industrie : elle trouve que ça n’avance pas assez vite. On vous a parlé d’Anne Lauvergeon. On vous a dit qu’elle était dure, qu’elle était froide, qu’elle se comportait comme un homme. Vous l’attendiez, presque solidement ou presque comme une enfant qui vient braver la porte de la directrice de l’école. Vous tombez sur une petite femme chaleureuse, pleine de charme qui vous dit « les gens qui ont eu des vies personnelles vitrifiées, brûlées, sont très fragiles, ils sont faussement forts ». Ce podcast, vous l’aviez lancé rien que pour voir le mythe de près. Vous découvrez une grande dame. Et cette incroyable machine culturelle, parfaitement huilée, qui diffuse des caricatures de femmes dans toute la société…

Jun 2019

38 min 36 sec

Ambroisine Bré est une jeune femme qui sait déjà : « mon chant m’a permis de me découvrir en tant que femme. Le chant a porté ma voix de femme, m’a épanouie, m’a fait grandir ». Elle était une enfant timide, ses frères et sœurs criaient, elle chantait. Nommée aux victoires de la musique classique 2019, elle parle de son instrument de musique, et au détour des phrases, elle se débat dans les injonctions paradoxales des femmes ou des êtres humains. Elle voudrait vivre passionnément de ville en ville, d’opéra en opéra : « le plus beau rôle qu’on pourrait me confier ça serait des rôles comme Carmen de Bizet ou Charlotte dans Werther de Massenet parce que ce sont des femmes fortes et fragiles à la fois ». Elle sait que les femmes sont parfois rattrapées par la patrouille. Une famille, un foyer stable. Ambroisine Bré est à l’aube de sa carrière, d’artiste lyrique et de femme. Elle balbutie, elle recule devant le féminisme. Elle hésite, elle a peur de déstabiliser les hommes. Mais devant vous, il y a cette jeune icône déterminée, puissante, indépendante. Une jeune femme qui sait où elle veut aller, là où sa passion lui tiendra lieu de quotidien. Le féminisme, c’est ça aussi. Michelle, c’est juste ça.

Jun 2019

22 min 39 sec

Anne-Charlotte Fredenucci est une dirigeante qui vous dit : « ce que je regrette c’est de ne pas avoir réussi à démontrer plus tôt à mon père que j’avais les capacités pour prendre la relève. Parce qu’on aurait pu éviter les licenciements ». Vous l’aimez intense et sans faux-semblant ? Vous allez être servi.e ! La PME de son père, elle l’a reprise. Et elle l’a sauvée. Elle n’a pas 45 ans et c’est une sage. Vous sentez que la vie a fait son chemin. Pas tant la vie qui blesse, qui râpe et qui abîme. Plutôt celle qui se donne et se partage, celle qui se sédimente et vous emplit : « pour moi être cheffe d’entreprise, femme, épouse et mère, c’est un équilibre instable en permanence et il faut chaque jour se reposer la question de savoir où sont ses priorités ». Le soir, elle challenge ses idées avec son entrepreneur de mari. Mais les défis, c’est pour les techniciens du groupe et leurs regards perdus face à la crise, qu’elle les relève. Devant vous, une silhouette au cordeau, une intelligence vive et tranchante, un parcours d’un élitisme classique. Et soudain, elle vous parle. Vous étiez à côté de la plaque. Elle ne vous parle que passion, amitié et empathie. Quand elle repart, vous ne la reconnaissez pas, elle a perdu vos préjugés en cours de route.

Jun 2019

29 min 31 sec

Yseulys Costes est une dirigeante qui vous répond les yeux dans les yeux : « évidemment je suis féministe. En Europe, on a intérêt à l’être. Ce n’est pas un problème moral, c’est un problème d’efficacité, la diversité apporte de l’efficacité ». Elle a créé 1000Mercis, quand personne ne voyait où pourrait mener cette histoire de marketing digital. Un pas après l’autre, elle porte quelque chose du leadership du XXIème siècle. Elle s’engage sans facétie. Elle formule des convictions sans tapage : « pour moi, avoir de l’impact social aujourd’hui, c’est créer de l’emploi. Si on veut vraiment avoir de l’impact, il faut créer une boîte et la faire grandir, il faut avoir de l’ambition ». Ce qui vous frappe, chez Yseulys Costes, c’est son débit de parole posé, son regard planté dans le vôtre, son articulation intellectuelle. Elle ne se dérobe à aucune question. On sent frémir l’alliance d’un plaisir, quotidien, décidé, mûrement choisi et d’une intelligence ouverte, profonde, saine. Il y a des rencontres qui vous apaisent et qui vous réconcilient. Vous avez l’impression tenace d’avoir rencontré une vraie femme, une femme naturelle. Pourtant, vous savez que ça n’a aucun sens en soi.

Jun 2019

35 min 35 sec

Clémentine Gallet est une patronne de PME qui vous dit paisiblement: « mon énergie débordante m’a beaucoup servi, ça m’a éloignée de tous les pervers et les mal intentionnés, ceux-là, ils ne m’ont pas trop côtoyée ». Quelle formidable façon de voir les choses. Quand les femmes arrêteront de se trouver non-conformes à la féminité vulnérable, elles commerceront à vivre avec ceux qui sont capables de les aimer. Elle a du mal à se dire féministe, elle n’est pas militante. On sourit parce qu’elle incarne tellement cette femme puissante et créatrice. Sans le savoir, sans le vouloir et sans autre limite que son sens de la famille et son envie de partager des moments de joie. Elle a créé sa PME de rien, dans l’aéronautique. Elle tutoie Airbus et les Chinois. Elle aiguillonne la recherche française. Elle en conclut : « il faut plus donner confiance aux femmes et leurs dire qu’il ne va rien se passer : plus tu t’imposes moins on t’agresse. Il faut dire aux femmes que nous ne sommes pas des êtres faibles, constamment en proie aux prédateurs ». Dans les cercles de la féminité convenue et balisée, Clémentine Gallet détonne. Elle parle fort, elle rit, elle jure, elle déménage. Vous la suivriez partout. Un puits d’énergie sans fond. Sa trajectoire est un tour de force. Avec ses 4 enfants et son diplôme d’ingénieur mécanique, elle a dépassé le stade du mouton à 5 pattes. Très vite, son CV s’évanouit. Ce qu’il vous reste, c’est l’irrépressible envie de discuter avec elle en fixant l’horizon, de naviguer, et de rire attablées pendant des heures.

Jun 2019

34 min 36 sec

Christel Bories est une CEO qui répète : « je suis trop cash ? Je me demande si on dirait la même chose si j’étais un homme. Je connais beaucoup de managers hommes qui sont beaucoup plus cash que moi, mais pour eux, on trouve ça très naturel ». On lui demande souvent comment elle fait pour concilier sa vie de famille, ses enfants, avec des responsabilités comme les siennes. L’une des seules capitaines d’industrie en France. Elle répond, avec un soupçon d’agacement et de défi : « mais comme les hommes ! ». Elle fait de la diplomatie de haut vol, sur fond de minerais stratégiques et de métaux rares, et on lui demande si elle est une bonne mère. On a si peu d’imagination pour le destin des femmes.  Christel Bories est une femme jetlaggée mais elle veut témoigner, même si elle n’en a pas le temps,même si elle n’a dormi que deux heures. Ce temps avec elle vaut de l’or, ou plutôt du lithium ou du zircon, parce que c’est elle. Parce qu’elle est le rôle model par excellence. La cerise sur le gâteau, c’est son charisme, ce charisme qui déborde du micro et vous enveloppe, celui qui vous enverrait à la mine en sifflotant.

Jun 2019

20 min 57 sec

Brigitte Lemercier met les points sur les i et on voudrait que toutes nos filles l’écoutent : « ma mère m’a incitée à être libre financièrement et pour une femme, c’est fondamental ». Qu’on n’accepte plus jamais la dépendance financière comme preuve d’amour ou par conformisme social. Vous ne connaissez sans doute pas Brigitte Lemercier, si vous n’êtes pas dirigeant.e du CAC40. Elle tient le grand mercato des patrons depuis plusieurs décennies. C’est une femme dont la volonté et la maîtrise se lisent dans le moindre de ses gestes. Elle vous reçoit avec une élégance absolue et son chien sur les genoux. Soudain, un éclat de malice presqu’infantile surgit aux extrémités de son regard. Furtivement, ne vous y habituez pas. Brigitte Lemercier mène un autre métier au cœur de son métier, elle étudie les femmes dirigeantes. Elle a interrogé les femmes qui ont réussi, « elles disent toutes que c’est leur père qui les a confortées dans l’idée qu’elle pouvait tout faire ». Preuve, s’il en est besoin, que le féminisme n’est pas un complot, mais une preuve d’amour et un combat commun pour la liberté. Même les hommes peuvent y faire leurs armes.

May 2019

26 min 21 sec

Vous la trouviez froide ? Marisol Touraine est une Ministre qui ne vous racontera pas d’histoires : « j’ai en moi l’envie de donner l’image d’une femme en totale maîtrise, en politique c’était ma façon à moi d’être inatteignable, de me protéger ». Elle vous dit ça les yeux dans les yeux, sans esquive, sans naïveté. Le ton est donné. Rien de ce qui touche les droits des femmes ne lui est étranger. Elle parle de féminicide, de l’incompréhension des mécanismes de la violence faite aux femmes. Elle rappelle : « la manière d’écrire et de nommer est profondément politique. Notre grammaire est l’expression d’un rapport de force, d’une domination qui est masculine ». Pour en finir avec la candeur effarouchée des traditionalistes du langage. En vous remerciant. Le plus frappant, avec Marisol Touraine, c’est l’alliance d’une souveraine maîtrise d’elle-même et d’une sincérité sans crainte. Elle vous parle de ses choix. Elle ne renie rien de l’engagement, du plaisir, de la conquête. « Il y a autant de manière d’être une femme que de femmes. Je me sens femme jusqu’à la dernière des fibres qui me composent et ça a quelque chose à voir avec la liberté ». Pas l’ombre d’un cliché. Il est des formes de froideur qui vous ouvrent l’horizon.

May 2019

30 min 59 sec

Rokhaya Diallo constate, un plateau télévisé après l’autre, qu’« en tant que femme, il faut toujours sourire, être douce, parler bas, être mince, ne pas prendre d’espace en gros ». Elle est très fine, pleine de charme mais elle a décidé de prendre de la place dans les débats. Quand vous la rencontrez, vous avez lu la presse, les scandales, les affaires, le conseil du numérique... Mais face à vous, il y a une belle jeune femme, généreuse, articulée, sereine, presque timide : « on ne me dit jamais que j’ai tort, on me dit que mes propos n’ont aucun intérêt. Mais pourtant, on ne cesse d’en parler… ». Elle dit avoir renoncé à maîtriser son image publique. Pour garder son énergie, pour continuer à parler haut et fort malgré les insultes. Parce qu’après des décennies d’un travail acharné, elle a gagné le droit d’être elle-même. Elle lutte contre la parole volée, la parole interdite : « si les femmes ne se racontent pas, c’est toujours les discours dominants qui seront racontés et les petites filles ne pourront pas se percevoir autrement ». Elle rêve d’un monde où les femmes reprennent le fil de leur histoire et parlent pour elles-mêmes. Le vrai scandale.

May 2019

27 min 16 sec

Christiane Lambert est la voix des agriculteurs français, mais aussi la voix, plus lointaine, plus précaire, des agricultrices. Son parcours ? « Lorsque je disais que je voulais être agricultrice beaucoup me disaient mais non tu es une femme tu n’y arriveras pas, tu ne trouveras pas de terre, tu n’auras pas la confiance du banquier, c’est trop dur, c’est un métier d’homme ». La présidente de la FNSEA est une femme puissante. Elle vous regarde, vous demande qui vous êtes. Qu’est-ce que vous faites dans son bureau. Puissante parce qu’elle est ancrée sur ses terres, avec ses animaux, au chevet de sa passion. Puissante parce qu’elle ne doit rien à personne, tout à son bon sens. Puissante enfin parce qu’elle se bat pour les siens, son mari et ses enfants, mais aussi les agriculteurs prisonniers des choix de consommation français, et parmi eux les nouvelles générations d’agricultrices à la vocation bien trempée. Du bio, du technologique, de l’exemplaire. Une féminité conquérante et autonomiste. Être une femme ? Elle ne se pose pas la question. « Je me lève, je respire, je travaille, je suis épanouie dans ce que je fais. Je veux me réaliser et vivre à fond mes passions. Je ne veux pas vivre en seconde classe et mourir en première classe ». Son courage, sa droiture crèvent l’écran. Son émotion, sa tendresse, juste derrière, à petits pas. On l’aimerait presque comme une mère. 

May 2019

23 min 6 sec

Mercedes Erra est une femme qui sonne le réveil « il faut réapprendre un peu la révolte parce que là on est trop apathique ». Ça, c’est fait. Tout Paris la connaît. Croit la connaître. Une femme dure, qui parle fort. Elle s’en étonne : « qu’est-ce que ce je fais de si fou ou de si dangereux ? Je travaille jour et nuit pour mes clients ». Vrai qu’elle carbure à une énergie qui pourrait sauver le monde. Vrai qu’elle demande aux femmes de l’audace, de se bouger, d’aller chercher leur destin avec les dents, comme les hommes. Espagnole qui a bâti la plus belle agence de publicité française, au nez et à la barbe des Anglo-Saxons, elle porte surtout un coin du grand fantasme des femmes de pouvoir. Celles qui ne doivent leurs victoires qu’à elles-mêmes. Voilà le plus subversif. Alors bien sûr, elle a entendu ce qu’on murmurait à son sujet : « au début, on disait que je travaillais autant parce que je n’avais pas d’enfants. Quand j’en ai eu, on disait que je ne m’en occupais pas ou que je ne les aimais pas ». Est-ce qu’elle leur en veut, est-ce qu’elle s’en fout, est-ce qu’elle a fait avec ? Elle est là aujourd’hui, à la tête d’un empire, toujours prête à dénoncer l’éducation des femmes qui les pousse au doute et à cette méticulosité extrême qui n’est rien d’autre que le plus honorable obstacle au pouvoir.

May 2019

35 min 44 sec

Laurence Danon est une femme solaire et cristalline qui vous répond : « mon mode de leadership ?... J’aime bien regarder les choses en face, poser des questions, je n’ai pas peur ». Elle a mis les mains dans la chimie, porté à bout de bras le Printemps et depuis, elle maîtrise la finance jusqu’au bout des doigts. Laurence Danon est une femme dont le CV vous impressionne. Sa compagnie vous enchante. Elle passe du rire à la punchline, en passant par l’analyse du coût de l’électricité allemande. Ce qu’elle demande aux femmes, c’est de prendre le temps de savoir qui elles sont, « donnez-vous des objectifs et les moyens de les atteindre, ne soyez pas amères, n’ayez pas peur ». Sa parole confine au mantra, parfois. Laurence Danon est une femme qui semble avoir dépassé la crainte, comme réconciliée, enracinée dans une grande force vitale. Elle ne craint pas la peur. Elle ne craint pas le temps, surtout. Elle vous confie « la vie n’est pas parfaite, et moi je ne suis pas perfectionniste. Il faut se dire que la vie est longue et qu’il y a des moments pour chaque chose. » Que c’était doux.

May 2019

30 min 47 sec

Agnès Ogier est une femme qui vous répond : « il faut agir sur tous les fronts. Il n’y a rien de superflu. Il faut que les femmes prennent leur destin en main elles-mêmes, il faut plus de lois, il faut éduquer les petites filles… » Une grande femme, d’une grâce irrépressible, irrésistible. Sa joie vitale vous surprend, son naturel et l’absence - enfin - de précaution oratoire du genre : hommes et femmes, nous sommes complémentaires, pas de guerre des sexes... Elle n’a jamais eu l’intention de faire la guerre. Agnès Ogier respire l’envie de vivre, de prendre le job d’après, juste pour voir. Elle aura beau peser le pour et le contre, elle sait que la curiosité aura le dernier mot. Agnès Ogier est une femme qui nous souhaite plus de légèreté : « mon regret, c’est de ne pas avoir été plus légère, de ne pas m’être dit que les choses ne sont pas si graves. Quand vous partez en séminaire, et que c’est la rentrée de vos enfants, ce n’est pas si grave… Juste un peu plus de légèreté.» Le reste vous intéressera bien sûr, mais ces mots-là vous resteront comme un pardon, comme un contact chaleureux dans un monde où l’on ne se touche plus, comme une sortie de secours quand vous ne saviez plus que penser de vous-même.

May 2019

33 min 9 sec

Anne-Marie Idrac est une femme qui vous dit « l’éternel féminin, ce n’est pas tellement mon genre ». Elle ajoute, presque sans y toucher « l’exercice des responsabilités, avec ce qu’il faut de courage et de ténacité est, d’après mon expérience, une spécialité féminine. » En face de vous, une grande dame, magnifique, altière, complice, sincère. Vous n’en croyez pas vos yeux. On voudrait qu’elle nous parle de sa présidence à la tête de la SNCF et de la RATP, des maroquins ministériels en jupette. Elle n’élude pas, non. Elle vous dit qu’elle aime les sujets « charnus », qu’elle aime être celle qui décide et qu’elle a toujours dirigé en pensant à la parabole des talents. Mais au fond, elle a surtout envie de vous parler de ses 4 filles. Alors ses yeux pétillent, son sourire insiste. « La difficulté, c’est quand tous vos enfants ont besoin de vous en même temps et que vous êtes en campagne politique ». Elle dit qu’elle a eu de la chance. Ce qui crève les yeux alors, plus encore qu’une grande intelligence, c’est la ferme décision de prendre le parti de la joie, de l’affection et de la tendresse. Cette femme qui était statufiée, dans le Panthéon de votre jeunesse, soudain vous ne voulez plus la quitter. Elle ne vous le demande pas d’ailleurs. Quel cadeau.

May 2019

29 min 7 sec

Najat Vallaud-Belkacem est une femme jeune qui a collectionné les Maroquins prestigieux et les trolls en tous genres. Première femme Ministre de l’Education. Première femme issue de la diversité. Soupçonnée d’avoir changé de prénom, d’être une petite fille éleveuse de chèvre. Elle a vraiment cohabité avec la bêtise. Cette femme, vous l’avez souvent vue sur BFM. Elle faisait de la traduction politique, du damage control gouvernemental. Vous connaissez l’intonation de sa voix, ses regards, son sourire. Là devant vous, il y a une femme plus vraie plus juste. Une femme qui ne se ment pas, qui ne cède pas : « critiquer Moix quand on est patron de chaîne, c’est très intéressant, mais est-ce que quelqu’un peut m’expliquer où sont passées les animatrices de télévision de plus de 50 ans ? ».  Najat Vallaud-Belkacem est une Ministre qui finit par vous dire : « Être une femme ? C’est douter ». Oh bien sûr on pourrait penser à une forme de fausse modestie, une rhétorique politique un peu trop rodée. Ce qu’on entend, c’est une femme qui, dans l’intimité avec elle-même, ne se donne pas d’autre choix que l’action. Tant mieux pour nous, on l’attend.

Apr 2019

31 min 56 sec

Véronique Laury est une femme qui vous dit, sans tourner autour du pot : « le sexisme ? Ce n’est pas frontal. C’est insidieux, presque permanent. » Elle a été jetée dans la mare aux gros crocodiles. Et dans un premier temps, elle a voulu se déguiser. Des dents aiguisées, des coups de gueule, une épaisse carapace surtout. De plus en plus épaisse et de moins en moins efficace. Alors elle est revenue en arrière, à grands renforts d’émotions et de vulnérabilité consenties. Leadershipment incorrecte : « je pleure quand je suis émue et pendant des années j’ai lutté parce que “un patron ne pleure pas”. Bah si, un patron, ça a envie de pleurer. » Véronique Laury est une femme qui vous étonne et qui vous touche. On se demande pourquoi elle vous ouvre son cœur. Parce qu’elle n’a rien à cacher. Des années qu’elle a décidé de ne plus paraître. De renoncer à faire croire. Ça vous vaudra un aller simple vers une drôle de sensation m, une forme d’amitié irrépressible, clandestine, incorrecte. Vous l’aurez bien cherché.

Apr 2019

36 min 6 sec

Amélie Nothomb vous raconte : « j’appartiens à une famille où la littérature est sacralisée. Dieu, c’était moins important qu’écrivain ». Elle a été Dieu, puis réduite à l’adolescence. Elle a été tout, puis presque décomposée. Mais à ce moment précis, elle est là. Elle tient l’industrie française du livre à bout de ses bras belges. Mais pendant une heure, la qualité de sa présence est bouleversante, et pour tout dire inespérée. Elle ne veut pas se distraire, elle veut faire connaissance et elle veut comprendre. Elle brille d’une longue tirade sur son enfance et sa vocation. Elle sait déjà les questions. On les lui a posées des centaines de fois. Et puis elle revient, elle vous donne de l’espace. Elle parle alors de sa féminité, de la laideur comme une condamnation originelle. De cette chance d’être femme, malgré les rappels à l’ordre constants, l’intimidation.  Amélie Nothomb est une petite femme, frêle. Elle est directe et fantasque. C’est un fantôme et c’est une cantatrice. Langue admirable, esprit irréprochable et présence charnelle. Star et sœur. Pour elle, « être une femme, c’est plus difficile que d’être un homme et c’est pour ça que c’est si bien. Tout ce qui est plus difficile est plus intéressant ». À son bureau, entre de méticuleuses piles de lettres de ses lecteurs, elle affirme qu’elle n’a jamais voulu d’enfant. Elle vous défie délicatement de la juger. Toutes les femmes sont des femmes. Pour vous, c’est un axiome de base, un acquis de la relation de sororité. Toutes les femmes sont des femmes. Celles qui ne peuvent pas, celles qui ne veulent pas. Toutes des femmes. Amélie Nothomb, avec son personnage, pas moins que les autres, et même plus, bien plus.  Tout de même, écrire sur une écrivaine, c’est casse-gueule.

Apr 2019

27 min 43 sec

Après des années de consultations gynécologiques auprès de femmes de Seine-Saint-Denis, Ghada Hatem soupire : « la femme n’est pas maîtresse de son destin, c’est un objet qu’on se passe, un objet dont on se sert quand on a des besoins sexuels. C’est un objet qui permet de payer des dettes ».  On l’imagine en colère, à fleur de peau, révoltée contre ces violences à l’encontre des femmes qu’elle prend en charge. Excisions, viols, passage à tabac, abus d’enfants… Révoltée, elle l’est. Mais elle ne laissera ni l’exaspération, ni la fébrilité entraver son chemin. Un grand regard clair, une voix tiède. C’est tout ce dont elle a besoin. Se reposer, dormir ? Elle a renoncé. Ghada Hatem vous laisse sans mot. Parce qu’elle se bat désormais pour essaimer partout en France. Parce que rien ne l’arrête, ni le flot de migrantes, ni ceux qui l’écoutent avec l’attention qu’on réserve aux « trucs de bonnes femmes ». Parce qu’elle a cette parole instinctive hors du commun, sans la moindre complaisance, sans la moindre brutalité. Vous éteignez les micros et Ghada Hatem reste là, légèrement soulagée, prête à vous ouvrir tous les mondes qu’elle garde toujours avec elle.

Apr 2019

34 min 9 sec

Inna Shevchenko est une icône vivante. Il s’en est fallu de peu : « je sais d’expérience que pour certains, il est plus facile de tuer que d’accepter que les femmes reprennent possession de leur voix et de leur corps pour défier leur morale ». Inna Shevchenko est la fille de Barbie et de Staline, et elle veut liquider ses deux parents : « le patriarcat a été érigé sur le corps féminin. C’est donc avec nos corps, sur ce champ de bataille précisément, que nous pouvons détruire le patriarcat. Un corps actif et non passif, un corps qui bouge, qui crie, un corps en colère qui ne sourit pas. » On lui reproche souvent d’être trop ambitieuse. Mais la ficelle est un peu grosse, l’injonction un peu trop grossière. Ça les arrangerait bien. Quand elle arrive, vous savez d’Inna Shevchenko qu’elle milite en se dénudant. Rien ne vous prépare à l’acuité de son intelligence, à la pudeur et à l’élégance de ses confidences. Elle vous dit qu’on lui a enseigné la compétition entre femmes et qu’elle considérait son propre corps comme un objet sexuel. Depuis, pour se libérer, elle crie « Mort au Patriarcat », et soudain, en arrière-plan, vous entendez qu’elle murmure sa soif de sororité, d’entraide et d’exultation partagée.

Apr 2019

41 min 49 sec

Eva Darlan est une femme qui vous annonce « j’incite les femmes à être violentes, mais ça ne marche pas. C’est inentendable pour les femmes d’envisager d’être violentes, bizarre hein ? ». Elle s’est levée, souvent seule, pour dénoncer les violences faites aux femmes. Contre la justice et la police si mal formées. Contre les Gouvernements si peu dotés. Contre ceux qui parlent des femmes sans jamais les écouter. Dans tous ses rôles, elle a voulu figurer une féminité de vainqueur, une femme debout. Ses conseils à une jeune comédienne ? « Être sa propre productrice. Prendre les outils du pouvoir. Ecrire elle-même, faire elle-même. Construire. » Sa prochaine bataille ? Dégommer tous ces mannequins qui montrent des corps stéréotypés, désignés pour le plaisir des hommes et qui excluent l’âge, la rondeur, la difformité. De toute évidence, Eva Darlan est une femme excessive. Elle s’emporte, elle rit aux éclats. Ses cheveux roux. Eva Darlan s’offre comme un cadeau. Entre la générosité de son engagement et les failles douloureuses qu’on sent affleurer, elle marche comme sur une ligne de crête. Vous avez envie de lui tendre la main. Mais c’est elle qui vous sauvera. 

Apr 2019

30 min 15 sec

Mélissa Plaza est une internationale de football qui vous explique : « dans le sport, la discrimination s’inscrit dans les moindres détails ». Elle vous raconte les agressions, le manque de moyens, les bus de nuits, les petits coachs qui se vengent d’avoir été trop mauvais pour encadrer des hommes. Et vous, vous ne saviez rien. Elle est la première internationale à devenir docteur en psychologie. Un cerveau, un peu au-dessus des jambes. Pour elle, « les femmes ont tellement intégré qu’elles sont en concurrence pour leur physique qu’elles objectivent en permanence leur propre corps et celui des autres ». Interpeler sur le sort de ses co-équipières, inciter les femmes à devenir des sujets pleins et entiers, Mélissa Plaza a signé depuis longtemps. Elle se met en première ligne. Elle le fait pour toutes celles qui ne peuvent pas, pour toutes celles qui ne savent pas. Il y a un informulé chez Mélissa Plaza. Une partie d’elle qui a surmonté une grande peur. Une partie d’elle qui ne lâchera rien. Et le reste vous est offert avec cette intensité et cette chaleur de celles qui choisissent de vivre. À une petite fille de 5 ans, elle dirait « surtout ne laisse personne te dire qui tu es, et quoi qu’il arrive, je suis dans ton équipe ». Cette petite fille, c’est vous, vous l’aviez toujours su.

Apr 2019

43 min 8 sec

Eléonore Pourriat est une femme qui vous dit tout de suite : « je n’ai jamais vraiment donné de crédit aux gens qui critiquaient les féministes, parce que moi les féministes je les ai toujours trouvées courageuses et extraordinaires, libres, drôles, impertinentes. » Son charme, vous le sentez irradier tout de suite. Chaleureuse, sans faux-semblant, profondeur du propos. Vous êtes face à une femme qui se bat et qui aime la vie. Pas une pointe d’aigreur dans son engagement, pas de complaisance non plus, elle regarde la vie comme dans les yeux : « Qu’est-ce qui en moi est masculin ? Qu’est-ce qui est féminin ? Et après tout est-ce du féminin ou du masculin, n’est-ce pas juste moi, ce que je suis ? » Eléonore Pourriat parle avec passion, le cinéma et la littérature sont autant de petites pioches avec lesquelles elle creuse son chemin. Et déjà, elle se retourne pour vous tendre la main.

Apr 2019

37 min 18 sec

Laurence Rossignol est une Sénatrice qui vous assure : "les femmes doivent comprendre qu'elles auront plus de bénéfices à s'entraider qu'à attendre d'avoir les miettes de ce que les hommes peuvent leur donner". Cette discussion avec l’ancienne Ministre relève de la pure gourmandise. Elle voudrait que les femmes cessent d’avoir peur. Elle voudrait apprendre à nos filles à être des rebelles qui s’intègrent. Elle veut tout pour les autres, Laurence Rossignol. Elle s’est battue, au premier degré, face à la société des hommes et celle de certaines femmes, pour faire reculer la prostitution. Contre le mythe de la prostituée au grand cœur. Contre la fable des besoins sexuels masculins primitifs. Elle nomme les choses. Elle ne fait pas de concession avec le corps ni avec la dignité des femmes. Pourquoi les femmes ne renversent pas le patriarcat ? Parce que "la peur du bannissement est inscrite dans notre cerveau reptilien". La claque. Bien sûr, vous aurez entendu la réputation de Laurence Rossignol : une femme dure, pénible peut-être. On aura aussi levé les yeux au ciel. Quand on déambule dans les couloirs du Sénat, à la sortie de son bureau, on chancelle un peu. L’uppercut, c’est sa sincérité. Le direct, c’est sa mécanique intellectuelle. Le coup de grâce, c’est sa profondeur humaine. Cette empathie violente qu’elle ne lâche qu’après un combat rapproché. Après avoir vu Laurence Rossignol, on sait qu’on n’aura plus jamais le goût de l’esquive.

Apr 2019

38 min 24 sec

Karen Jequier est une femme de moins de 40 ans qui constate combien « pour une femme, être ambitieuse, cela paraît suspecte ». Pas très naturel, pas très raisonnable. Comme si l’ambition se révélait toujours le cache-misère de la féminité.  Bien avant de se heurter à des études et une vie professionnelle dominées par les hommes, Karen Jequier a été biberonnée à l’efficacité. Elle voulait faire une différence. Elle exige des nouvelles générations qu’elles soient aussi intransigeantes : qu’elles revendiquent l’égalité hommes-femmes autant que l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Puisque le marché du travail ne déroge pas à la règle de l’offre et de la demande, que chacun joue sa partie sans attendre. Il y a chez Karen Jequier, cette féminité souriante et enjouée, un rire truculent et communicatif. Mais elle a quelque chose de plus. Au cœur de cette féminité, ni en dehors, ni au-delà, on sent une formidable envie et une formidable confiance en elle. Répondre de son chiffre d’affaires et de ses marges ? Elle adore ça. Et voir des alter egos masculins pâlir de crainte face à la pression, elle y est habituée. Elle sait qu’on ne l’attend pas toujours au centre du ring. Au début, ils ne savent pas qu’elle y est si à l’aise.  Nous sommes face à une femme qui n’a pas peur. Ni des autres, ni d’elle-même. Son premier combat, c’est d’aider les femmes à écouter leurs aspirations profondes, pas les modèles socialement acceptables, pas les projections que l’on fait sur les femmes. Essayer de trouver leur justesse propre, s’écouter elles-mêmes. Quand on quitte l’open-space de Karen Jequier, on a été touché par un beau naturel, presque sculptural, par une incroyable intégrité psychique et mentale. Rien chez elle ne triche jamais, ne dissimule jamais. Il nous reste à l’oreille la légère émotion qui fait trembler sa voix quand elle se confie. Pour elle, la sincérité aussi fait partie du jeu.

Mar 2019

26 min 26 sec

Pour Margaret Johnston-Clarke, être une femme, « c’est être forte, c’est vraiment être indépendante, c’est avoir confiance en soi ». Elle vous garantit que chez L’Oréal, on sait que la beauté n’est pas qu’une injonction, non, elle est réparatrice, elle est estime de soi. Prendre soin de soi, c’est exister et résister. Margaret Johnston-Clarke est une femme superbe, altière, une femme qui, sans avoir l’air d’y toucher tire tout le CAC40 derrière elle. Egalité salariale ? Référent égalité ? Détection des femmes maltraitées à leur domicile ? Ils s’y mettent tous, parce qu’elle ne leur laisse pas le choix. Elle ne joue pas d’empathie, pas de culpabilisation, jamais d’agressivité. Elle donne des chiffres et elle avance comme si rien ne pouvait l’arrêter. Personne ne peut l’arrêter. Franco-américaine, elle a grandi avec l’apparition de Gloria Steinem, et ses éclats de rire qui résonnent dans la cuisine. Elle a participé, pendue à la main de son papa, aux grandes manifestations américaines des Civil Rights. Sa bataille pour les jeunes filles ? « Ne jamais avoir à s’excuser d’être une fille, ne jamais devoir se comparer ». Avec sa distante apparente qui fond pour libérer cette femme chaleureuse, avec cette timidité quand elle avoue, consciente de sa candeur, n’avoir jamais compris que les femmes puissent manquer de solidarité, avec son sourire lumineux, Margaret Johnston-Clarke est une vraie recette du coup de foudre. Elle est la grande sœur que vous auriez voulu avoir.

Mar 2019

32 min 23 sec

« Quand les femmes feront la guerre, elle s’appellera la paix », Fawzia Zouari est une femme d’une belle volupté. Une femme qui veut écrire et lire. Mais elle est née avec cette flamme. Cette flamme que n’avaient peut-être pas ses sœurs ou ses voisines. Cette petite flamme, elle ne l’a pas choisie mais elle l’a regardée en face. Elle s’est battue pour obtenir un passeport pour la liberté. Elle s’est levée contre le relativisme, la vulgarité, et la violence. Elle vous dit : « c’est la femme qui donne la vie. Ce que vous ne possédez pas vous le rejetez, vous le diabolisez parce que ça relève du mystère pour vous. Les hommes ne peuvent pas à accéder au mystère, alors ils accablent les femmes de tout, l’impureté, l’hystérie, le désordre… » Cette flamme a embrasé le regard de ses opposants quand elle dénonçait le port du voile, quand elle pleurait les attentats commis par ceux de son sang. Il y a chez Fawzia Zouari une élégance sensuelle et érudite qui ne cède rien au combat. Elle a toujours voulu être une femme libre, mais en lisant Emma Bovary. 

Mar 2019

34 min 39 sec

Typhaine D est une femme qui vous rappelle qu’enfant, en écoutant le Petit Poucet, au moment où l’ogre mangeait les 7 filles au lieu des 7 garçons, vous vous endormiez soulagée. Tout était bien qui finissait bien. La malice et la colère se disputent alors son regard. Chaque jour, elle attaque l’Everest de la domination masculine par toutes les faces : comédienne, autrice, conférencière, coach, et sœur. Sœur toujours. Pendant l’interview, elle doit répondre au téléphone. Des femmes menacées, des femmes dans la détresse, elle les appelle des héroïnes. Elle vous fait découvrir Andrea Dworkin et Hannah Gadsby. Merci. Elle vous prend par la main et vous montre les pièges du langage, « ces mots qui nous tirent dans les pattes », ou l’imposture de cette violence sexiste ou meutrière à l’écran qu’on appelle artistique. Et la folie de notre colère quand elle est tournée vers les femmes. Vous êtes face à une petite femme frêle qui vous dit « bien sûr que dans les œuvres de Woody Allen il a des éléments de propagande pour les pratiques qu’il a lui, qu’elles soient sexistes ou pédocriminelles » et elle enrage de voir au cinéma : « ces violences sexuelles réelles, où les gens applaudissent en disant que c’est de l’art... Ce n’est pas de l’art, c’est de la violence sexuelle c’est tout. Il ne faut aucune créativité pour violer une femme, sinon le nombre de mecs qui seraient des artistes !... » Typhaine D est une jolie fille. C’est une femme magnifique. Une femme un peu fissurée, comme nous toutes, un petit peu plus que nous toutes. Une femme d’une vivacité d’esprit jubilatoire. Une femme d’une générosité hors de commun. Quand vous la quittez, vous ne savez pas si elle est extraordinairement forte ou grièvement fragile. Mais vous avez pris un tel shoot de courage et de sororité, que vous savez déjà que vous y reviendrez.

Mar 2019

40 min 52 sec

Barbara Pompili est une femme qui parle depuis des années de sexisme en politique : « soit on est trop jeune, trop jolie, soit on est trop vieille. Soit on est trop sexuelle soit pas assez, et du coup on n’est pas vraiment une femme. On n’est jamais comme il faut ». Barbara Pompili a à peine 40 ans, mais elle a 1000 ans. Elle sait, elle a vu. Vous ne croyiez pas à l’éternel féminin et elle vous fait douter. Ce n’est pas son impeccable blondeur, non. Ce n’est pas la grâce de son sourire. C’est le silence qu’elle plante dans votre regard avant de vous répondre sans détour. C’est la franche intelligence qu’elle irradie. C’est aussi sa détermination – première, ingénue, puissante – à vouloir un monde meilleur et dans un souffle, l’aveu de n’avoir aucune baguette magique, aucune grande promesse à faire. Si on devait retenir quelque chose au terme de son mandat, elle aimerait qu’on se souvienne d’elle en femme libre. Libre, elle l’a été, quand elle a brigué le perchoir pour relever le plafond de verre des femmes politiques. Cet échec-là, on le montrera à nos filles comme une raison de se battre. Nos filles pourront se tourner vers elle avec la même gratitude qu’envers toutes celles qui ont eu le courage de ne pas renoncer.

Mar 2019

34 min 49 sec

Fabienne Dulac est une femme qui prend tout de suite de la hauteur : « ma mère m’a emmenée dans la littérature où j’ai trouvé des héroïnes, comme dans les Hauts de Hurlevent. Ces héroïnes m’ont donné l’envie d’être une femme libre ». Il y a chez cette grande dame des Télécoms une forme de résistance, une détermination littéraire. Elle vous conseille des livres, elle raconte des épopées historiques. Face à vous, vous avez une patronne et une sage. Elle dégage de l’élégance au premier regard et une grande profondeur dès le second. Elle vous parle de ses fils, de la solidité intellectuelle de son mari et de son ressenti de la vague des suicides chez Orange avec la même intégrité et la même puissance.   On sent à l’œil nu chez Fabienne Dulac la ligne de crête entre une réserve aristocratique et l’envie de vous tendre chaleureusement la main pour vous soutenir et vous écouter. Un conseil aux jeunes femmes ? « Cultiver une forme d’aveuglement. Se sentir libre, c’est aussi se trouver moins assujettie au regard des autres ». Elle a une obsession : toujours décider pour elle-même. Et on signerait des deux mains pour être son disciple. 

Mar 2019

27 min 7 sec